Une subvention de 300 000 dollars accordée par la Vancouver Foundation à un projet militant en Colombie-Britannique relance le débat sur le financement de l’activisme politique par des organismes philanthropiques. C’est ce que raconte Tristin Hopper dans un article publié le 18 décembre 2025. Le projet, présenté comme un « sanctuaire décolonial pour chiens », est en réalité un campement installé illégalement afin d’entraver la construction du pipeline Prince Rupert Gas Transmission (PRGT), une infrastructure énergétique jugée stratégique par les gouvernements et soutenue par plusieurs instances autochtones.
La Vancouver Foundation, l’une des plus anciennes fondations caritatives de la province, a inscrit cette somme dans sa plus récente liste de bénéficiaires sous l’appellation « Decolonial Dog Sanctuary ». Le projet y est décrit comme une forme de « réoccupation territoriale basée sur la terre », s’inscrivant dans des cadres culturels et juridiques présentés comme hérités, plutôt que fondés sur des accords qualifiés de coloniaux. Derrière ce langage, le site sert concrètement de point de blocage sur le tracé prévu du pipeline.
Connu sous le nom de Wilp Aasosxw, le campement est situé dans une zone forestière près de Hazelton, directement dans l’emprise planifiée du PRGT. Il se compose de structures de bois rudimentaires, d’un autobus transformé en espace d’habitation et de diverses installations temporaires. Le lieu adopte le slogan « puppies not pipelines » et a accueilli, selon ses propres publications, plus de 40 chiens errants depuis sa création. La présence des animaux joue à la fois un rôle pratique et symbolique, servant à humaniser et moraliser une action de blocage physique.
Le site est supervisé par Teresa Brown, qui y réside en permanence et se présente comme une représentante héréditaire du territoire. Le campement a toujours assumé publiquement son opposition au projet de pipeline et revendiqué sa fonction de barrière directe à l’avancement des travaux. Des vidéos promotionnelles et des publications sur les réseaux sociaux décrivent explicitement l’initiative comme un projet de « défense du territoire » implanté au cœur même du corridor énergétique.
La responsable du site a également expliqué que le sanctuaire avait une dimension personnelle et thérapeutique, affirmant que la vie sur la terre et le soin apporté aux chiens lui avaient permis de réduire sa dépendance à des médicaments. Elle soutient que le contact avec le territoire aurait un pouvoir de guérison, tant pour les humains que pour les animaux hébergés sur place, même si elle reconnaît avoir eu peu d’expérience préalable en matière de soins animaliers.
Ce type d’initiative s’inscrit dans une tradition récente de campements militants visant à bloquer des projets d’infrastructures en Colombie-Britannique. Des groupes comme les « Tiny House Warriors » ont déjà utilisé des constructions mobiles pour entraver l’accès aux chantiers liés à l’expansion du pipeline Trans Mountain. Dans certains cas, ces actions ont mené à des condamnations judiciaires, notamment pour vandalisme et agressions lors d’opérations d’éviction. Au sanctuaire de Wilp Aasosxw, certaines structures auraient été construites ailleurs dans la province avant d’être transportées sur le site précisément pour servir de barricades.
Le pipeline PRGT est destiné à alimenter le terminal de gaz naturel liquéfié Ksi Lisims LNG, un projet présenté comme stratégique sur le plan économique et énergétique. Les deux infrastructures figurent sur la liste fédérale des grands projets jugés prioritaires, notamment en raison de leurs performances environnementales, le terminal étant décrit comme l’un des complexes de GNL aux émissions les plus faibles au monde.
Un élément central de ce dossier est l’appui autochtone significatif dont bénéficie le PRGT. Le pipeline est copropriété de la nation nisga’a et a reçu l’aval officiel des chefs héréditaires gitxsans, dont le territoire traditionnel couvre la région concernée. Des organismes de développement autochtones ont récemment salué l’inclusion du projet dans les priorités fédérales, y voyant une source d’occasions économiques et de sécurité énergétique, tout en rappelant l’importance du consentement et du respect des structures traditionnelles.
La situation met ainsi en lumière un contraste frappant : d’un côté, un projet énergétique soutenu par des gouvernements et par des instances autochtones reconnues ; de l’autre, un campement illégal opposé à ce même projet, financé à hauteur de centaines de milliers de dollars par une grande fondation philanthropique. Cette affaire soulève des questions fondamentales sur le rôle des organismes caritatifs dans le financement de causes politiques, sur la frontière entre militantisme et illégalité, et sur les tensions persistantes entre développement économique, environnementalisme et revendications territoriales au Canada contemporain.



