Une jeune rappeuse de 19 ans accusée de meurtre : faut-il combattre cette sous-culture criminogène ?

Lydia Ghorici, 19 ans, est accusée du meurtre au second degré de Michel-André Tremblay, 88 ans, lors d’une invasion de domicile à Saint-Hubert. À elle seule, l’affaire choque : l’âge et le sexe de l’accusée détonnent, puisque ce type de crime est presque exclusivement commis par des hommes. Mais un autre élément soulève encore davantage de questions : la jeune femme avait été mise de l’avant par certains médias alternatifs en tant que rappeuse émergente.

Dès que son nom a été rendu public, d’anciennes vidéos ont refait surface. On y voit une adolescente de 15 ans, parlant dans un franglais cassé, teinté d’un accent de banlieue française, raconter un parcours marqué par la marginalité et le passage obligé en centre jeunesse. Or, si la DPJ est souvent un environnement pénible, beaucoup de jeunes qui y ont séjourné parviennent à se reconstruire. Pourquoi certains y arrivent et d’autres sombrent-ils dans un univers où le crime devient une forme d’expression ou de survie?

C’est ici que la question de la sous-culture rap montréalaise — souvent inspirée des courants les plus sombres de la scène française ou américaine — mérite réflexion. Cette scène musicale, dans ses déclinaisons les plus extrêmes, valorise la violence, l’argent rapide, le trafic de drogues et la délinquance ostentatoire. On compte déjà plusieurs jeunes rappeurs morts dans des circonstances violentes, presque toujours associées aux rivalités de rue. D’autres se retrouvent mêlés au trafic de stupéfiants via Snapchat, ou encore à des incendies criminels pour financer l’achat d’objets aussi dérisoires que des chaussures de marque.

Il serait trop facile de blâmer uniquement la DPJ, l’école, les parents ou l’immigration. La réalité est plus complexe : une partie de la culture que nous laissons s’installer chez les jeunes — particulièrement ceux issus de milieux défavorisés ou de familles immigrantes — joue un rôle dans la construction de leurs modèles de réussite. Et lorsque ces modèles sont des petits délinquants exhibant argent, drogue, armes et « hustle », il n’est pas surprenant que certains s’y identifient.

Comme société, un jour, nous devrons nous demander ce que nous offrons réellement comme horizon culturel à ces jeunes. Souhaitons-nous qu’ils apprennent la vie auprès de figures criminelles montées en épingle par des algorithmes et des médias complaisants? Ou préférons-nous encourager ceux qui cherchent à franchir les limites imposées par leur condition sociale?

La tragédie de Saint-Hubert invite à une réflexion inconfortable : devons-nous combattre une sous-culture qui ensauvage une génération en perte de repères? Peut-être que le refus de poser la question constitue déjà une part du problème.

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