Une majorité de Québécois sont défavorables à l’immigration, selon un sondage

Une nouvelle étude menée par l’équipe de la Dre Mélissa Généreux, professeure à l’Université de Sherbrooke, révèle un constat qui risque d’alimenter le débat sur l’immigration au Québec. Selon un sondage réalisé auprès d’un peu plus de 2 000 répondants en Estrie et en Montérégie, une majorité affiche désormais une attitude globalement défavorable à l’égard de l’immigration, tandis que 78 % estiment que les immigrants devraient davantage adapter leur mode de vie à celui du Québec.

Dans sa chronique publiée dans La Presse, Philippe Mercure présente ces résultats comme un « signal d’alarme » appelant au dialogue. L’auteur souligne également que 63 % des répondants associent l’immigration aux difficultés de logement, tandis que 56 % estiment qu’elle affaiblit la langue française.

L’étude montre toutefois que les répondants demeurent largement favorables à plusieurs aspects de l’immigration, notamment sa contribution à l’économie, à l’innovation et à la diversité culturelle. Ce sont surtout les questions liées à l’intégration et aux conséquences sociales qui expliquent le score moyen légèrement défavorable obtenu par les chercheurs.

Des préoccupations rapidement interprétées comme un problème de perception

Là où le traitement de La Presse suscite davantage de réactions, c’est dans la façon dont les résultats sont interprétés.

Philippe Mercure s’interroge longuement sur l’origine de ces perceptions et donne principalement la parole à des spécialistes de la radicalisation ou de la santé publique.

La Dre Mélissa Généreux affirme notamment avoir « l’impression que la perception que c’est un problème est plus grande que le problème lui-même », tandis que Sylvain Bédard, de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents, va jusqu’à qualifier le jugement selon lequel les immigrants devraient davantage s’adapter comme pouvant constituer un « niveau 1 de la radicalisation », tout en précisant qu’il ne s’agit pas automatiquement d’un signe de radicalisation.

Le chroniqueur conclut également en exprimant sa crainte que la prochaine campagne électorale fasse de l’immigration un bouc émissaire des difficultés que connaît le Québec.

Or, plusieurs observateurs reprochent justement à cette analyse de chercher d’abord à expliquer les perceptions des citoyens plutôt qu’à examiner si celles-ci reposent sur des changements réels de la situation.

Une réalité migratoire profondément transformée depuis 2022

Car le contexte a considérablement changé au cours des dernières années.

Si les seuils d’immigration permanente du Québec sont demeurés relativement stables, c’est surtout l’explosion du nombre de résidents non permanents — travailleurs étrangers temporaires, étudiants étrangers et demandeurs d’asile — qui a transformé rapidement le paysage démographique.

Pendant plusieurs années, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, le nombre de résidents non permanents au Québec est demeuré relativement stable, oscillant autour de 300 000 personnes. Au 1er juillet 2021, l’Institut de la statistique du Québec en recensait environ 295 000. Un an plus tard, ce nombre atteignait environ 373 000. Puis, la croissance s’est brusquement accélérée : près de 526 000 au 1er juillet 2023, avant de dépasser les 615 000 en 2024, soit plus du double du niveau observé trois ans plus tôt. L’ISQ souligne lui-même que cette croissance exceptionnelle des résidents non permanents s’est principalement produite entre 2022 et 2024, avant le ralentissement observé en 2025.

Cette augmentation ne constitue pas un simple détail statistique. Elle correspond précisément à la période où les débats sur la crise du logement, la pression sur les services publics, les infrastructures, l’apprentissage du français et la capacité d’intégration ont pris une ampleur sans précédent. Plusieurs municipalités, organismes économiques et même le gouvernement fédéral ont d’ailleurs reconnu que le rythme de croissance des résidents temporaires dépassait désormais la capacité d’accueil de plusieurs régions.

Dans ce contexte, certains estiment qu’il est réducteur d’expliquer essentiellement le malaise par les réseaux sociaux, la méfiance envers les institutions ou certains discours politiques.

Des élus péquistes dénoncent un angle « préoccupant »

Cette lecture est notamment contestée par le député péquiste d’Arthabaska—L’Érable, Alex Boissonneault.

Dans une publication sur les réseaux sociaux, il juge « extrêmement préoccupant » l’angle adopté par La Presse.

Selon lui, plutôt que de se demander si la perception majoritaire repose sur « une réalité observable », les experts consultés cherchent immédiatement à expliquer pourquoi les citoyens pensent ainsi.

« L’hypothèse que les citoyens puissent simplement constater un problème réel ne semble même pas envisagée », écrit-il.

Le député soutient que les difficultés d’intégration sont aujourd’hui largement documentées, particulièrement lorsque les seuils d’immigration dépassent la capacité d’accueil de la société. Il invite d’ailleurs les auteurs à consulter le récent rapport du Commissaire à la langue française consacré à l’intégration des personnes immigrantes.

« Corriger les perceptions » plutôt que débattre des faits?

Le militant souverainiste Stephan Fogaing formule une critique similaire.

Selon lui, ce type de traitement médiatique contribue au cynisme en cherchant davantage à « corriger les perceptions » qu’à examiner les faits.

Il estime que les enjeux liés au logement, au français, aux services publics ou à l’intégration sont déjà abondamment documentés et que le débat devrait porter sur la capacité réelle du Québec à accueillir de nouveaux arrivants plutôt que sur la psychologie des citoyens.

Fogaing oppose également le modèle québécois d’intégration, fondé sur une culture commune et une langue publique commune, au multiculturalisme canadien, qu’il décrit comme davantage axé sur la coexistence de communautés distinctes.

Un dialogue nécessaire… mais aussi un débat sur les causes

Le sondage présenté par La Presse met sans contredit en lumière un changement d’humeur important au sein d’une partie de la population québécoise.

Le dialogue entre les différentes composantes de la société demeure certainement souhaitable.

Cependant, plusieurs critiques estiment qu’un véritable dialogue suppose aussi de prendre au sérieux les causes pouvant expliquer cette évolution de l’opinion publique. Après une augmentation sans précédent de l’immigration temporaire depuis 2022 et les tensions observées sur le logement, les infrastructures, les services publics et l’intégration linguistique, plusieurs considèrent que le malaise exprimé dans cette étude ne relève pas uniquement d’un changement de perception, mais également d’une transformation rapide de la réalité elle-même.

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