Une nouvelle victoire pour Notre-Dame-des-Victoires : la messe de minuit sauvée grâce à 25 000 $ en dons

L’annonce avait frappé l’opinion publique il y a deux semaines : pour la première fois depuis des générations, l’église Notre-Dame-des-Victoires, au cœur de la place Royale, devait rester fermée à Noël. La Fabrique anticipait un déficit de 390 000 $ pour 2025, et les mesures d’économie imposées à l’automne avaient mené à la fermeture du lieu de culte, au chauffage réduit et à l’extinction de l’éclairage extérieur.

Or, la situation a complètement basculé jeudi. Dans un communiqué rapporté notamment par Radio-Canada (Marie-Christine Gagnon) et La Presse (Gabriel Béland), l’Église catholique de Québec confirme que la messe de minuit aura bel et bien lieu à Notre-Dame-des-Victoires, grâce à une vague de dons totalisant 25 000 $.

Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix présidera la célébration du 24 décembre. Il explique avoir été « touché par les offres de soutien » et rappelle que l’Église ne peut plus assumer seule la préservation d’un patrimoine qui appartient « au cœur des gens ». Les portes s’ouvriront à 23 h 15, jusqu’à ce que les 160 places soient occupées. Ceux et celles qui n’auront pu entrer seront redirigés vers la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, où une autre messe de minuit sera célébrée.

Selon Mgr Jean Picher, modérateur de la paroisse, ces contributions permettront non seulement de célébrer Noël, mais aussi de rouvrir l’église plus tôt au printemps, à Pâques, plutôt qu’en mai comme prévu. Le communiqué du diocèse souligne que quinze personnes, dont l’archevêque, ont accepté de modifier leur soirée du 24 décembre pour permettre la tenue de la célébration.

Le cardinal Lacroix remercie les citoyens, les organisations et les entreprises ayant contribué, soulignant que la communauté catholique « ne peut plus » porter seule l’entretien de ces lieux sacrés. « Avec les gouvernements municipal, provincial et fédéral, élargissons la conversation pour prendre action », a-t-il ajouté.

Un sursis bienvenu pour un symbole historique

Si l’annonce suscite autant de réactions, c’est qu’elle touche un lieu qui dépasse largement sa fonction religieuse. Construite en 1688 sur les vestiges de la deuxième habitation de Champlain, Notre-Dame-des-Victoires est pour bien des Québécois un repère immuable du Vieux-Québec. Sa fermeture temporaire avait été perçue comme un avertissement : un patrimoine que l’on croyait indestructible se retrouvait soudain tributaire de quelques milliers de dollars.

Les dons reçus — d’abord celui d’un bienfaiteur anonyme pour rallumer l’éclairage extérieur, puis celui du Port de Québec, suivi par plusieurs autres contributions — ont inversé le cours des choses. Mais la problématique demeure. Comme l’indiquait Mgr Picher à Radio-Canada, les dépenses annuelles associées au bâtiment s’élèvent à environ 60 000 $. Les récentes contributions réduisent le déficit anticipé de la paroisse, mais ne l’annulent pas.

Une éclaircie dans un paysage patrimonial fragilisé

Ce sursaut arrive dans une ville où les églises ont subi des transformations profondes au cours des vingt dernières années. Plusieurs d’entre elles ont été démolies, vendues ou fermées : la disparition de Saint-Joseph, Notre-Dame-de-Grâce et Notre-Dame-de-la-Pitié dans Saint-Sauveur; la démolition de Saint-François-d’Assise à Limoilou; la destruction de Saint-Cœur-de-Marie sur la Grande Allée en 2019; ou encore la fermeture prolongée de Saint-Jean-Baptiste.

Ces trajectoires n’ont pas suivi un plan de requalification, mais un long glissement dû au vieillissement des bâtiments, à la chute de la pratique religieuse et à l’absence de mécanismes financiers adaptés pour la sauvegarde du patrimoine religieux. Le cas récent de Sainte-Angèle-de-Saint-Malo, rapporté dans Le Soleil, montre que ces fermetures touchent aussi des organismes communautaires, lesquels se retrouvent souvent sans locaux adéquats.

Dans ce contexte, la réouverture exceptionnelle de Notre-Dame-des-Victoires à Noël ne règle pas le problème de fond. Elle révèle plutôt à quel point la survie de ces lieux dépend aujourd’hui de mobilisations ponctuelles, de gestes individuels ou institutionnels, et d’une sensibilité collective envers un héritage que les structures publiques peinent à protéger.

Un moment de répit, et une question en suspens

La messe de minuit aura lieu. L’église sera chauffée, éclairée, ouverte. La petite place Royale retrouvera, le temps d’une nuit, son visage familier.

Mais au lendemain du 24 décembre, il restera cette question, désormais impossible à éviter : à long terme, comment Québec entend-elle préserver ce qui demeure l’un de ses patrimoines les plus précieux?

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