Une première bordée de neige, et déjà des pannes de courant

À peine la première bordée de neige de la saison tombée que des centaines de milliers de Québécois se retrouvent déjà plongés dans le noir. Comme un écho aux hivers précédents, la simple neige mouillée aura suffi à rappeler la fragilité d’un réseau de distribution qui ne cesse de céder sous la pression du climat qu’il est censé maîtriser.

Selon Benoit Chartier de Météo Média, publié le 11 novembre 2025, Hydro-Québec rapportait au petit matin plus de 350 000 pannes de courant à travers la province, dont 100 000 en Montérégie et 75 000 en Lanaudière. À Montréal, près de 40 000 foyers étaient sans électricité, et quelque 30 000 autres au Saguenay–Lac-Saint-Jean. La Presse, sous la plume de Karim Benessaieh, Chloé Bourquin et William Thériault, indiquait encore 237 310 foyers privés de courant à 15 h mardi, provoquant la fermeture de dizaines d’écoles dans le sud du Québec.

L’explication officielle tient, comme toujours, aux arbres et à la neige : des branches tombées sur les fils, du verglas, du vent. Des conditions que l’on retrouve pourtant chaque année, et que le Québec, censé être une société nordique aguerrie, devrait savoir absorber sans effondrement du réseau. C’est ici que le problème dépasse la météo : il est structurel.

Trois ans d’avertissements ignorés

Depuis 2022, Québec Nouvelles documente la dégradation progressive du réseau d’Hydro-Québec. Dans « Infrastructures vieillissantes chez Hydro-Québec » (13 décembre 2022), nous rapportions que le nombre de pannes avait augmenté de 16 % en dix ans, tandis que leur durée moyenne explosait de 63 %, passant de 100 minutes en 2012 à 201 minutes en 2021. La vérificatrice générale y soulignait l’entretien déficient d’un réseau vieillissant, et la direction d’Hydro-Québec se résignait déjà à une durée moyenne de 221 minutes par panne d’ici 2026.

Cette lente dérive s’est manifestée concrètement à plusieurs reprises. À Noël 2022, des vents de 121 km/h ont plongé des centaines de milliers de foyers dans le froid et le noir, ruinant les festivités et rappelant brutalement qu’au « pays de l’électricité », seule la combustion – gaz, propane, bois – pouvait encore rétablir un minimum de sécurité et de confort. Comme nous l’écrivions alors : « Un Noël au gaz au pays d’Hydro-Québec. »

Quelques mois plus tard, à Pâques 2023, une autre tempête frappait, provoquant de nouvelles pannes majeures. Dans « Noël et Pâques dans le noir » (7 avril 2023), nous constations qu’à deux reprises en quatre mois, la province entière avait vacillé. Ces épisodes successifs ne relevaient plus de la fatalité : ils révélaient une précarité énergétique bien réelle.

En mai 2023, ce sont encore 73 000 clients qui se sont retrouvés sans courant à la suite de quelques rafales, confirmant l’incapacité du réseau à supporter le moindre choc. Et l’été 2025 a été marqué par la panne de la Saint-Jean-Baptiste, où 125 000 foyers ont sombré dans le noir, aggravée par un refus de travail syndical en pleine crise.

L’hiver s’annonce long, et la transition mal préparée

La répétition de ces pannes ne relève plus du hasard. Elles témoignent d’une logique d’usure que ni les grands plans de décarbonation ni les promesses politiques ne parviennent à masquer. Hydro-Québec doit remplacer entre 7 000 et 30 000 poteaux électriques par année d’ici 2035, et 40 000 transformateurs d’ici 2030, mais ne dispose pas des effectifs nécessaires. Pendant ce temps, on multiplie les annonces d’électrification massive, sans même s’assurer que la distribution existante tienne le coup.

Or, dans un pays où le froid peut devenir mortel, le risque n’est pas théorique. Chaque panne rappelle que l’électricité, ici, n’est pas un symbole de modernité, mais une question de survie. Et plus la province s’enferme dans le dogme du tout-électrique, plus elle devient vulnérable.

La diversité énergétique : une question de sécurité nationale

Ce que cette première bordée de novembre 2025 vient rappeler, c’est qu’un Québec sans redondance énergétique est un Québec exposé. Les interdictions progressives du gaz naturel dans les nouvelles constructions relèvent d’une pure inconscience face à la réalité de notre climat. Car dans un chalet ou un appartement plongé dans le noir, ce n’est pas une borne de recharge ni un panneau solaire qui sauve la soirée : c’est un poêle à bois, un foyer au gaz ou une simple bouteille de propane.

L’hiver ne fait que commencer, et déjà le réseau montre ses failles. On nous parle de transition, d’objectifs 2035 et de milliards d’investissements, mais tant que le fil qui relie le poteau à la maison reste le maillon faible, toutes ces promesses relèvent du vernis.

Pendant qu’Hydro-Québec planifie des mégaprojets pour électrifier le monde, elle peine encore à éclairer le Québec.

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