Une série télévisée taiwanaise rallume le sentiment de peur face à une invasion chinoise

La série Zero Day Attack, diffusée récemment à Taïwan, ne laisse personne indifférent. Imaginant une invasion militaire chinoise en plusieurs scénarios, elle mêle fiction, tension géopolitique et préoccupations bien réelles sur la sécurité nationale. Tessa Wong pour la BBC explique que cette production télévisée, qui a rapidement connu un fort succès d’audience, divise l’opinion publique entre ceux qui y voient une alerte citoyenne légitime, et ceux qui l’accusent de semer la peur et d’instrumentaliser l’anxiété pour des raisons politiques.

Le premier épisode met en scène une série d’incidents inquiétants : un avion de chasse chinois s’écrase près de la côte, provoquant un blocus maritime; des soldats taiwanais disparaissent mystérieusement; un bateau de pêche débarque des soldats chinois sur une île stratégique. Tous ces éléments créent une ambiance oppressante, inspirée de scénarios proposés par des experts de la défense consultés pour la production. Le showrunner, Cheng Hsin-mei, affirme avoir voulu réveiller les consciences face à la menace bien réelle que représente la Chine, notamment par l’usage croissant de la guerre de l’information et des pressions hybrides.

Tessa Wong souligne que la série a été partiellement financée par le gouvernement taiwanais et a reçu le soutien logistique de l’armée. D’autres bailleurs incluent Chunghwa Telecom et le milliardaire Robert Tsao, fervent partisan de l’indépendance de Taïwan. Toutefois, Cheng insiste sur le fait que les autorités n’ont jamais tenté d’influencer le contenu, et elle assure ne pas être membre du Parti démocrate progressiste (DPP), actuellement au pouvoir.

La série n’a pas tardé à devenir un sujet hautement politique. Avant même sa diffusion, un extrait de 17 minutes avait déjà déclenché un vif débat. Le jour de la première, elle est devenue le programme le plus regardé sur plusieurs plateformes. Wang Hung-wei, députée du parti d’opposition Kuomintang (KMT), a dénoncé Zero Day Attack comme un outil de peur fabriqué par l’État, utilisant l’expression populaire « vendre des mangues séchées », c’est-à-dire nourrir la peur d’une disparition imminente de Taïwan.

D’autres critiques, comme Wang Kunyi de la Taiwan International Strategic Study Society, affirment que la série sert à promouvoir l’indépendance et alimente une atmosphère de guerre artificielle. Pékin, pour sa part, a dénoncé la production comme une provocation délibérée, accusant le DPP d’utiliser les médias pour mobiliser l’opinion contre la Chine et mener Taïwan vers le conflit.

Malgré ces critiques, de nombreuses voix saluent la série pour sa représentation nuancée et réaliste des tensions vécues par la société taiwanaise. Une critique publiée par la télévision publique PTS souligne que la série exprime avec justesse les inquiétudes communes aux différents camps politiques. Sur les réseaux sociaux, certains spectateurs affirment que Zero Day Attack reflète parfaitement la situation actuelle de l’île et met en lumière les tactiques du Parti communiste chinois.

Cette réception partagée intervient dans un contexte politique déjà tendu. Un vote de destitution visant des élus KMT accusés de trop de complaisance envers la Chine a récemment échoué, mais d’autres sont prévus. La série, tournée bien avant ces événements, est néanmoins soupçonnée d’avoir une influence politique, en particulier à la veille de ces consultations populaires.

La BBC rappelle que Taïwan, gouvernée séparément depuis 1949, n’a jamais formellement déclaré son indépendance, bien qu’elle agisse comme un État souverain. Une telle déclaration provoquerait vraisemblablement une guerre selon Pékin, qui continue de revendiquer l’île. Le président William Lai, que Pékin qualifie de « séparatiste », a affirmé ne pas chercher la guerre, mais insiste sur le besoin de renforcer les capacités militaires de l’île. Il a mené des réformes de l’armée, augmenté les budgets de défense et organisé en juillet les exercices Han Kuang, les plus vastes de l’histoire de Taïwan.

Alors que les incursions maritimes et aériennes chinoises se multiplient et que les États-Unis avertissent d’un risque croissant d’invasion d’ici 2027, la série Zero Day Attack met un coup de projecteur sur cette menace, tout en réveillant les fractures politiques profondes de la société taiwanaise.

Pour conclure, Cheng Hsin-mei affirme que son œuvre ne diabolise pas la Chine, mais qu’elle s’intéresse à la guerre et à la façon dont une société civile comme Taïwan pourrait y réagir. À travers cette série, c’est la vulnérabilité psychologique de l’île qui est exposée au grand jour.

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