Uranium : le Canada pourrait doubler ses exportations d’ici 2035… si Ottawa livre la marchandise

Le Canada possède tout le potentiel géologique nécessaire pour doubler ses exportations d’uranium d’ici 2035, mais le véritable défi ne se trouve pas sous terre. Il réside plutôt dans la capacité des gouvernements à faire avancer les projets, à attirer les investissements et à mettre en œuvre leur propre stratégie, estime un expert du cabinet Marsh Canada.

Dans une entrevue accordée à Mining.com, Raul Munoz, directeur général du secteur minier et des ressources naturelles chez Marsh Canada, affirme que le pays dispose déjà des réserves et des projets nécessaires pour atteindre l’objectif fixé par Ottawa dans sa Stratégie nationale sur l’uranium dévoilée en juin dernier.

« Le défi n’est pas notre capacité technique à produire davantage d’uranium. Le véritable enjeu est l’exécution », résume-t-il.

Un avantage mondial

Le Canada est déjà le deuxième producteur mondial d’uranium derrière le Kazakhstan. Toute sa production provient actuellement de la Saskatchewan, où se trouvent certains des gisements les plus riches au monde, notamment les mines McArthur River et Cigar Lake exploitées par Cameco.

Selon Munoz, la qualité exceptionnelle du minerai canadien constitue un avantage stratégique majeur.

Il cite notamment les projets Rook I de NexGen Energy et Wheeler River de Denison Mines comme exemples de développements qui pourraient permettre d’augmenter considérablement la production au cours de la prochaine décennie.

Autrement dit, la ressource est là. Reste à obtenir les permis, mobiliser les capitaux et maintenir un environnement réglementaire suffisamment prévisible pour que ces projets voient réellement le jour.

Un défi politique autant qu’industriel

Munoz rappelle qu’une nouvelle mine d’uranium exige généralement entre dix et vingt ans de développement. Les délais d’autorisation, les exigences réglementaires et les décisions politiques pèseront donc davantage sur l’atteinte de l’objectif que les contraintes techniques.

À cela s’ajoute un autre facteur déterminant : le prix de l’uranium.

Les investissements massifs nécessaires à l’ouverture de nouvelles mines ne seront consentis que si les prix demeurent suffisamment élevés pour assurer leur rentabilité à long terme.

L’expert souligne également que la géopolitique fait désormais partie intégrante de l’industrie minière, alors que les États-Unis et plusieurs pays européens cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en combustible nucléaire auprès de fournisseurs jugés fiables plutôt que de dépendre de la Russie ou d’autres puissances rivales.

Une faiblesse dans la chaîne nucléaire

Munoz relève toutefois une faiblesse dans la stratégie canadienne.

Les réacteurs CANDU utilisent de l’uranium naturel, ce qui explique pourquoi le Canada ne possède pas d’installations d’enrichissement. Or, plusieurs modèles de petits réacteurs modulaires (PRM ou SMR), que le gouvernement souhaite déployer au cours des prochaines années, nécessitent de l’uranium enrichi.

Le Canada devra donc soit développer cette capacité industrielle, soit continuer à dépendre d’installations étrangères pour une étape essentielle de la chaîne d’approvisionnement nucléaire.

L’expert demeure néanmoins optimiste quant au potentiel technologique canadien dans le secteur des petits réacteurs modulaires, qu’il considère comme une avenue appelée à prendre de l’ampleur.

Et le Québec?

Si toute la production canadienne provient actuellement de la Saskatchewan, le Québec possède lui aussi un potentiel géologique non négligeable.

Plusieurs gisements d’uranium ont été identifiés au fil des décennies, notamment dans le Nord-du-Québec et dans la région des monts Otish. Le projet Matoush, développé autrefois par Strateco, figurait même parmi les projets les plus prometteurs au pays avant d’être abandonné à la suite de décisions gouvernementales et d’un moratoire de facto sur l’exploitation de l’uranium au Québec.

Depuis 2013, le gouvernement québécois refuse essentiellement tout nouveau développement dans ce secteur, invoquant notamment les recommandations du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Contrairement à la Saskatchewan, la province s’est donc volontairement retirée d’une industrie pourtant appelée à jouer un rôle croissant dans la transition énergétique mondiale.

À l’heure où Ottawa souhaite faire du Canada un fournisseur stratégique de combustible nucléaire pour les démocraties occidentales, certains pourraient y voir une occasion économique que le Québec risque encore une fois de laisser passer.

Le contexte international est d’ailleurs très différent de celui d’il y a une dizaine d’années. La demande mondiale en uranium est stimulée par la relance du nucléaire dans plusieurs pays, le développement des petits réacteurs modulaires et la volonté de réduire la dépendance envers les producteurs russes ou kazakhs.

Dans ce contexte, les importantes ressources inexploitées du Québec pourraient éventuellement revenir au cœur du débat sur le développement minier et la sécurité énergétique.

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