Véhicules électriques : entre ambitions climatiques et réalités du marché

Dans un article publié dans le National Post et rédigé par la journaliste Stephanie Taylor, avec des informations de La Presse canadienne, on y apprend que le gouvernement fédéral ne statuera qu’en 2026 sur l’avenir de la loi fédérale sur les ventes de véhicules zéro émission, un échéancier jugé beaucoup trop tardif par l’industrie automobile, qui réclame depuis des mois un recul sur l’objectif de 100 % de ventes d’ici 2035.

Alors que le premier ministre Mark Carney cherche à redéfinir la politique climatique libérale, une décision cruciale demeure en suspens : faut-il maintenir ou abroger la loi qui impose aux constructeurs automobiles des cibles de ventes croissantes de véhicules électriques et autres véhicules zéro émission, jusqu’à faire disparaître la vente de nouveaux véhicules à essence en 2035. Pour l’instant, Ottawa se limite à indiquer qu’il y aura « davantage à annoncer au cours de la nouvelle année », selon un porte-parole de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Julie Dabrusin.

Cette réponse s’inscrit dans le cadre d’un examen de 60 jours lancé en septembre par le gouvernement Carney, qui a notamment suspendu l’application d’une disposition clé de la loi prévue pour 2026. Celle-ci aurait obligé les constructeurs à faire en sorte que 20 % des ventes de véhicules neufs soient zéro émission. Le report de toute annonce officielle dépasse largement les attentes de l’industrie, alors que les ventes de véhicules électriques chutent et que la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis frappe durement le secteur automobile.

Les fabricants dénoncent une incertitude coûteuse. Selon eux, le maintien de la loi sans modification claire pourrait les forcer à dépenser des milliards de dollars pour acheter des crédits auprès de fabricants spécialisés dans l’électrique, comme Tesla, ou à limiter artificiellement la vente de véhicules à essence et hybrides. D’autres avenues, comme l’expansion accélérée des infrastructures de recharge, sont évoquées, mais exigent des investissements massifs et du temps.

Si certains réclament l’abolition complète de la loi, d’autres acteurs favorables à l’électrification estiment qu’elle doit être conservée, mais assouplie. Ils soutiennent que l’objectif de 100 % en 2035 est devenu un symbole politique inutilement polarisant et proposent de le réduire à un seuil plus réaliste, entre 90 et 95 %, afin de maintenir la transition sans provoquer un rejet populaire.

Cette logique est déjà appliquée par certaines provinces. Le Québec et la Colombie-Britannique ont modifié leurs propres lois provinciales sur les ventes de véhicules zéro émission. Québec a abaissé sa cible à 90 % pour 2035 et élargi sa définition des véhicules admissibles afin d’y inclure certains hybrides non rechargeables. La Colombie-Britannique, de son côté, souhaite désormais harmoniser sa législation avec celle qu’Ottawa finira par adopter.

Sur le plan politique, la loi fédérale est vivement contestée par l’opposition. Le chef conservateur Pierre Poilievre y voit une interdiction déguisée des véhicules à essence, particulièrement pénalisante pour les régions rurales, où l’automobile demeure essentielle et où l’offre de véhicules électriques abordables reste limitée.

Les groupes environnementaux préviennent toutefois qu’un recul trop important compromettrait la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le transport demeure la deuxième source d’émissions au Canada, après le secteur pétrolier et gazier. Selon eux, affaiblir ou abolir la loi ralentirait la décarbonation, surtout dans un contexte où Ottawa a déjà suspendu les subventions à l’achat de véhicules électriques et imposé des droits de douane élevés sur les modèles chinois, pourtant plus abordables.

En repoussant sa décision à 2026, le gouvernement Carney se donne du temps pour réconcilier objectifs climatiques, réalités industrielles et acceptabilité sociale. Mais ce délai prolonge aussi une incertitude qui pèse lourdement sur l’industrie automobile, sur les consommateurs et sur l’avenir de l’électrification des transports au Canada et au Québec.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine