Une vague de violence spectaculaire secoue actuellement le sud-ouest du Mexique à la suite d’une opération militaire ayant coûté la vie au chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG). Dans un fil en direct mis à jour en continu, CBC News / Radio-Canada rapporte que les autorités canadiennes ont élargi leur avertissement aux voyageurs, alors que des barrages routiers, des incendies de véhicules et des échanges de tirs paralysent plusieurs villes, dont la station balnéaire de Puerto Vallarta.
Ottawa élargit son avertissement aux voyageurs
Selon les informations rapportées par Kevin Maimann pour CBC News, Affaires mondiales Canada (Global Affairs Canada) a mis à jour son avis aux voyageurs afin de prévenir que des groupes criminels ont installé des barrages routiers à l’aide de véhicules incendiés dans plusieurs villes du sud-ouest du Mexique, notamment dans l’État de Jalisco (incluant Puerto Vallarta), dans l’État de Guerrero (incluant Acapulco) et dans l’État de Michoacán.
L’avertissement mentionne également des explosions et des fusillades avec les forces de sécurité, ainsi que d’importantes perturbations du transport. Un ordre de confinement (« shelter in place ») demeure en vigueur à Puerto Vallarta, où les services de taxi et de covoiturage sont suspendus jusqu’à nouvel ordre.
Toujours selon CBC News, des avions en provenance du Canada auraient fait demi-tour en plein vol vers Puerto Vallarta, d’après un site de suivi aérien en ligne.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a déclaré dans un communiqué que le gouvernement fédéral « surveille de près » la situation.
La mort d’« El Mencho » à l’origine de l’explosion de violence
La violence aurait été déclenchée par une opération fédérale menée plus tôt dans la journée, rapporte CBC en citant un responsable gouvernemental.
D’après un communiqué du Secrétariat de la Défense nationale du Mexique, relayé par Mark Gollom pour CBC News, des forces spéciales de l’armée mexicaine ont planifié et exécuté une opération au cours de laquelle elles ont été attaquées. Les militaires auraient « repoussé l’agression » en légitime défense.
Le bilan communiqué fait état de quatre membres du CJNG tués sur place, ainsi que de trois autres grièvement blessés qui ont succombé lors de leur transport aérien vers Mexico — dont le chef du cartel, Nemesio Oseguera Cervantes, mieux connu sous le surnom d’« El Mencho ».
Deux autres membres auraient été arrêtés, et les autorités disent avoir saisi diverses armes lourdes et véhicules blindés, incluant des lance-roquettes capables d’abattre des aéronefs.
Toujours selon le communiqué cité par CBC, des autorités américaines auraient fourni des « informations complémentaires » pour appuyer l’opération.
Le CJNG, souligne Kevin Maimann en s’appuyant sur des reportages de l’Associated Press et des informations de la Drug Enforcement Administration américaine, est l’une des organisations criminelles les plus puissantes et les plus agressives du Mexique. Fondé en 2009, le cartel est considéré comme un acteur majeur du trafic de cocaïne vers les États-Unis et engrange des milliards de dollars grâce à la production de fentanyl et de méthamphétamines.
Des Canadiens pris au piège à Puerto Vallarta
Les témoignages recueillis par les journalistes de CBC News à travers le pays décrivent une situation chaotique.
Mark Gollom rapporte qu’Ed Johner, un Manitobain en vacances, a vu de la fumée s’élever tout autour de la baie de Puerto Vallarta et aperçu des voitures en flammes. Il dit avoir également entendu des coups de feu.
Un autre voyageur, Lorenzo Dufrane, a expliqué à CBC que son chauffeur Uber devait constamment changer d’itinéraire pour éviter des véhicules et autobus incendiés. Il affirme avoir vu des hommes à moto armés de mitraillettes. L’aéroport serait fermé, selon son chauffeur.
Toujours selon Gollom, Michael Blashko, qui loge dans un Airbnb, indique que tous les invités sont confinés dans leurs chambres et qu’il a entendu des coups de feu sporadiques.
Depuis Montréal, la journaliste Annabelle Olivier pour Radio-Canada rapporte le témoignage d’Édith Labbé, une Québécoise qui se trouvait dans un bar sportif pour regarder la finale de hockey Canada–États-Unis lorsqu’on lui a conseillé de rentrer chez elle en raison d’explosions et d’autobus incendiés. Incapable de retourner à son logement, elle s’est réfugiée dans un Costco local, où des détonations ont été entendues pendant environ une heure.
Du Yukon, Virginie Ann pour CBC Yukon s’est entretenue avec Doug Phillips, ancien commissaire du Yukon, qui affirme voir plus de quinze incendies depuis le balcon de son hôtel. Son vol a été annulé, le laissant dans ce qu’il décrit comme un « no man’s land ».
D’autres Canadiens, comme Elaine Tanguay-Lalonde d’Ottawa ou Leigh Carter de Courtenay (C.-B.), ont décrit à CBC des scènes de véhicules en flammes, de fumée noire toxique et d’hommes circulant à moto le visage couvert.
Sheinbaum appelle au calme
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a exhorté la population au calme dans un message publié sur X, rapporte Kevin Maimann. Elle a affirmé qu’il y avait « une coordination complète avec les gouvernements de tous les États » et que les comptes du Cabinet de sécurité fournissaient des mises à jour continues. Selon elle, les activités se poursuivent normalement dans la majeure partie du pays.
Cependant, dans les régions touchées, la réalité semble bien différente, avec des routes bloquées par des carcasses calcinées et des déplacements pratiquement impossibles.
Une destination prisée des Canadiens
Puerto Vallarta est une destination particulièrement populaire auprès des Canadiens, notamment des retraités québécois cherchant à fuir les rigueurs de l’hiver.
La situation actuelle place donc Ottawa devant un défi délicat : protéger ses ressortissants tout en évitant d’alimenter la panique. Pour l’heure, Affaires mondiales Canada recommande d’éviter tout déplacement non essentiel dans plusieurs régions du Mexique et d’exercer un haut degré de prudence dans l’ensemble du pays.
Alors que les autorités mexicaines tentent de contenir les représailles du CJNG après la mort de son chef, des milliers de Canadiens en vacances attendent désormais de savoir quand ils pourront rentrer chez eux — et si les routes, les aéroports et les rues de Puerto Vallarta redeviendront sécuritaires dans les prochains jours.



