Au début de l’année 2024, des manifestations d’agriculteurs éclatèrent aux Pays-Bas, en France, en Allemagne et d’autres pays d’Europe. Pour quelles raisons? Pour les mêmes raisons qu’ici au Canada, les agriculteurs en arrachent toujours plus devant les incessantes pressions gouvernementales visant à « décarboner » l’agriculture, au nom de la lutte pour le climat. Voici pourquoi nous devons soutenir nos agriculteurs contre la taxe carbone.

Les entreprises canadiennes doivent désormais payer une taxe carbone pour toutes les émissions qu’elles rejettent. Elles varient d’une province à l’autre, mais celles-ci augmentent continuellement. Cela inclut indirectement les agriculteurs. Suite à des pressions venant de l’opposition conservatrice, les libéraux ont exempté les agriculteurs de la taxe. Mais il serait faux de croire qu’elle ne se répercute pas malgré tout sur leurs activités.

En effet, même si les agriculteurs n’ont pas à la payer directement, ils doivent quand même mettre de l’essence, ou du diesel, dans leur machinerie. Cela a un coût énorme. De plus, la production d’engrais nécessite beaucoup de carburant. C’est le cas en Alberta, où l’urée et l’ammoniac anhydre sont produits à partir de gaz naturel, ce qui rend la production assujettie à la taxe sur le carbone.

Les agriculteurs aimeraient bien pouvoir acheter des engrais canadiens, mais si le coût est trop élevé, ils iront voir ailleurs. Ce qui n’aide pas à combattre la combustion de carbone. Ils iront dans des marchés étrangers où il n’y a pas de taxe carbone. Justement, voici l’autre éléphant dans la pièce : la compétition internationale.

Nos agriculteurs seront moins compétitifs devant des économies émergentes, qui elles ne réglementent pas ou presque le carbone. C’est le cas de l’Inde, de la Chine, et d’autres importants pays agricoles qui ne sont pas assujettis aux mêmes normes environnementales que nos producteurs nationaux. Le Canada, de même que l’Union européenne, fait fausse route en espérant trouver une solution miracle.

Mais le problème, c’est que les décisions sont prises par des politiciens, et non par des gens qui travaillent au quotidien sur le terrain. D’où le sentiment des agriculteurs de se sentir incompris par leurs élus. Il y a une réelle frustration à se voir restreindre toujours plus ses activités, qui en plus ont des marges de profits très minimes. Certains agriculteurs paient même de leur poche pour travailler. Personne n’accepterait de telles conditions pour son travail au quotidien.

Les politiciens, qui ont peur de déplaire aux groupes de pression écologistes, empêchent l’utilisation de pesticides, de techniques qui sont considérées comme trop « polluantes ». Mais c’est que les agriculteurs, eux, ne peuvent se permettre de perdre en productivité dans un contexte aussi tendu. Surtout qu’il n’y a bien souvent aucune alternative proposée.

Nous demandons l’impossible aux agriculteurs : être irréprochables au plan environnemental, de produire beaucoup, avec le moins de produits chimiques possible, et de nous offrir, à nous les consommateurs, les prix les plus bas. Mais nous ne leur donnons pas les moyens de vivre dignement de leur travail.

Voilà pourquoi nous devons soutenir nos agriculteurs canadiens et québécois contre la taxe carbone du gouvernement Trudeau. L’idée n’est pas d’être contre la protection de l’environnement – les producteurs en font déjà beaucoup – mais d’être reconnaissant pour le travail qu’ils font pour nous de nous nourrir. Car la production agricole mondiale, qui a permis à la population depuis un siècle de se multiplier, dépend en bonne partie d’engrais et de l’utilisation de carburants qui sont touchés par la taxe en question.

Anthony Tremblay

Après des études en politique appliquée à l'Université de Sherbrooke, Anthony Tremblay s'est intéressé notamment aux questions sociales telles que le logement ou l'itinérance, mais aussi à la politique de la Chine, qu'il a visité et où il a enseigné l'anglais. Il vit à Sherbrooke avec ses deux chiens.

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