Alors que le Canada croyait avoir atteint un sommet inquiétant en matière de vols de véhicules au cours des dernières années, de nouvelles données montrent à la fois l’ampleur persistante du phénomène et l’évolution de ses méthodes. Dans un article publié le 11 février 2026, le journaliste Peter Edwards, du Toronto Star, dresse le portrait d’un écosystème criminel structuré qui a coûté 900 millions de dollars en frais d’assurance aux Canadiens l’an dernier.
46 999 véhicules volés, 900 millions $ en coûts
Selon les données citées par Peter Edwards, 46 999 véhicules ont été volés au Canada en 2025, pour un coût total estimé à 900 millions de dollars en réclamations d’assurance. Ces chiffres proviennent du rapport annuel de l’Équité Association, un organisme représentant l’industrie de l’assurance.
« It’s definitely organized » (C’est définitivement «organisé»), affirme Bryan Gast, vice-président national, renseignement et enquêtes à Équité, cité par le Toronto Star. Le phénomène n’a rien d’opportuniste : il repose sur une coordination transnationale et des réseaux bien établis.
L’Ontario concentre à lui seul 19 319 vols, avec une prédilection marquée pour les camions, les VUS et les véhicules haut de gamme — Ferrari et Lamborghini figurant parmi les cibles privilégiées.
Un écosystème structuré : crime organisé, jeunesse recrutée et exportations
L’article de Peter Edwards décrit une chaîne logistique criminelle sophistiquée. Des acheteurs étrangers — notamment au Moyen-Orient et en Afrique de l’Ouest — communiquent avec des criminels établis au Canada pour commander des modèles précis. Ces groupes recrutent ensuite des jeunes pour effectuer les vols, réduisant ainsi leur propre exposition judiciaire.
Les véhicules volés sont ensuite acheminés vers des entreprises d’expédition contrôlées par d’autres criminels. Selon Bryan Gast, ces réseaux utilisent notamment les ports de Montréal et d’Halifax pour expédier les véhicules à l’étranger.
L’argent généré par ces activités ne se limite pas au secteur automobile : il alimente également le trafic de drogues, d’armes à feu et même, selon Équité, des réseaux liés au terrorisme international.
Le reportage mentionne également l’implication d’acteurs du crime organisé, dont les Hells Angels, intégrés dans cet écosystème.
Des méthodes de plus en plus complexes
Alors que les autorités intensifient leur collaboration, les criminels adaptent leurs techniques. Les pratiques traditionnelles, comme le « re-VINing » (modification du numéro d’identification du véhicule) ou le démantèlement dans des « chop shops », demeurent répandues.
Mais, comme le rapporte le Toronto Star en citant Bryan Gast, une hausse significative des fraudes au financement automobile est observée. Les criminels utilisent le vol d’identité ou créent de fausses identités synthétiques pour contracter des prêts automobiles, puis détournent les véhicules.
« Grâce à des initiatives concertées entre les gouvernements, les forces de l’ordre et l’industrie qui ont réussi à faire baisser les taux de vols d’automobiles, le crime organisé continue de se tourner vers des méthodes plus complexes afin de maintenir ses sources de financement. », explique Gast dans l’article.
Une baisse des vols… mais un problème toujours massif
Malgré la gravité du phénomène, les statistiques de l’Équité Association indiquent une baisse de 18 % des vols d’automobiles en 2025 par rapport à 2024.
La diminution est particulièrement marquée :
- 22 % en Ontario
- 25 % au Québec
- 2 % dans l’Atlantique
- 11 % dans l’Ouest canadien
Le taux de récupération national atteint 59 %, en légère hausse. Les disparités régionales demeurent importantes : 51 % des véhicules volés ont été récupérés en Ontario, contre 48 % au Québec, 63 % dans les provinces atlantiques et 73 % dans l’Ouest.
Ces données suggèrent que, malgré des progrès opérationnels, près de 4 véhicules volés sur 10 disparaissent encore définitivement.
Le « Project Chickadee » : frapper la logistique
Peter Edwards souligne également une opération majeure menée par la Police provinciale de l’Ontario : le Project Chickadee. Cette initiative visait spécifiquement des entreprises de transport maritime servant à exporter des véhicules volés vers l’étranger.
Des accusations ont été portées contre des expéditeurs et des opérateurs de remorquage de la région du Grand Toronto. Des mandats de perquisition ont été exécutés à Toronto, Vaughan, Etobicoke et ailleurs dans la région. Au total, 306 véhicules volés, d’une valeur estimée à 25 millions de dollars, ont été saisis, et 20 personnes arrêtées.
Selon Bryan Gast, les criminels exploitent des failles réglementaires pour créer leurs propres compagnies d’expédition, leur permettant de placer des véhicules volés dans des conteneurs scellés et de les expédier hors du pays. « It has been a gap, for sure », reconnaît-il dans les propos rapportés par le Toronto Star.
Une crise systémique
L’article de Peter Edwards met en lumière un paradoxe : les vols diminuent, mais la structure criminelle demeure profondément ancrée. Le problème ne relève plus du simple vol opportuniste dans une entrée résidentielle. Il s’agit d’une industrie criminelle intégrée, connectée à des marchés internationaux et à d’autres formes de criminalité organisée.
Pour l’industrie de l’assurance et les autorités policières, l’enjeu dépasse désormais la simple protection des véhicules : il touche à la régulation des entreprises d’expédition, au contrôle des ports et à la lutte contre les réseaux transnationaux.
La baisse statistique de 2025 offre un certain répit. Mais comme le montre le reportage du Toronto Star, derrière les chiffres se cache un système complexe — capable d’évoluer, de s’adapter et de financer d’autres activités criminelles bien au-delà du simple vol d’automobiles.



