Vous êtes pas écœurés de perdre, bande de caves?

Pourquoi le Parti québécois s’obstine-t-il à vouloir livrer une bataille que les Québécois ne semblent pas vouloir mener?

Par Léo Dupire, président de Québec FIER

« Vous êtes pas écœurés de perdre, bande de caves? »

Permettez-moi de paraphraser le poète Claude Péloquin pour poser aux péquistes une question toute simple : pourquoi vouloir à tout prix tenir un troisième référendum sur l’indépendance alors que, depuis des années, les Québécois nous disent qu’ils ne sont pas prêts à voter OUI?

La dernière annonce de Paul St-Pierre Plamondon n’y change pas grand-chose. Le chef péquiste promet toujours un référendum dans un premier mandat, mais il attendrait que Donald Trump ait quitté la Maison-Blanche, le 20 janvier 2029. Repousser le vote après le départ de Trump peut se défendre sur le plan du calendrier. Sur le fond, toutefois, le problème reste entier. Une défaite en 2029 ou en 2030 ne serait pas moins grave qu’une défaite en 2027.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le OUI tourne actuellement autour de 31%, et l’option souverainiste est donnée perdante par tous les sondages depuis plus de 20 ans. La dernière étude d’opinion indiquant le contraire date en effet de 2005, alors que le scandale des commandites défrayait la chronique. Le PQ peut très bien remporter les élections d’octobre prochain sans convaincre une majorité de Québécois de faire l’indépendance. Ce sont deux choses différentes, et faire semblant de ne pas le voir ne rend service à personne.

Être démocrate, ce n’est pas seulement demander au peuple de se prononcer. C’est aussi entendre la réponse qu’il donne. Les référendums de 1980 et de 1995 ont eu des conséquences néfastes pour le Québec et découragé bien des nationalistes. Des chercheurs ont même argué que le syndrome post-référendaire explique en partie la hausse du taux de suicide chez les hommes québécois à la fin du XXe siècle. Une troisième défaite pourrait être catastrophique. Pourquoi prendre ce risque alors que l’issue paraît, pour l’instant, si prévisible?

Une bataille gagnable

Il existe pourtant une autre voie. Le PQ pourrait tenir un référendum sectoriel sur le rapatriement de de pouvoirs cruciaux pour la survie de la nation, à commencer par l’immigration et la culture. La question porterait alors sur des changements précis, faciles à comprendre et directement liés à l’avenir du Québec. Surtout, cette bataille pourrait être gagnée.

Ce n’est pas une simple intuition. Un sondage Léger publié en avril 2024 révélait que 65 % des Québécois appuieraient le rapatriement des pouvoirs en immigration, contre 35 % qui s’y opposeraient. Pour un gouvernement nationaliste, un résultat semblable constituerait un mandat populaire extrêmement fort. Ce serait tout de même plus utile que d’envoyer encore une fois les militants au front dans une campagne qu’ils aborderaient avec vingt ou trente points de retard.

En outre, on est en droit de se demander quel parti politique québécois s’opposerait à de telles demandes. Ce serait politiquement risqué, voire suicidaire. Aux dernières nouvelles, les cinq principaux partis politiques représentés à l’Assemblée nationale (PQ, PLQ, CAQ, PCQ et QS) réclament tous, à des degrés divers, plus de pouvoirs pour le Québec en immigration et en culture. Y aurait-il un camp du NON à proprement parler?

L’idée n’est pas non plus une hérésie d’un point de vue souverainiste. Jacques Parizeau lui-même défendait l’idée d’organiser des référendums sectoriels pendant la campagne électorale de 1989. Il voulait s’en servir pour rapatrier progressivement des pouvoirs détenus par Ottawa, notamment dans les domaines de la formation de formation de la main-d’œuvre, la culture et l’immigration. À noter que celui qui était alors le chef de l’opposition était en faveur de la « mise au point d’une constitution québécoise, avant la tenue d’une consultation sur la souveraineté ». Cette stratégie gradualiste fait donc partie de l’histoire du Parti québécois. Elle mérite au moins d’être discutée sérieusement.

Un mandat qu’Ottawa ne pourrait ignorer

Avec 60 ou 65 % des voix derrière lui, le gouvernement du Québec ne se présenterait pas à Ottawa les mains vides. Il pourrait réclamer des négociations en s’appuyant sur une majorité beaucoup plus large que celle obtenue par n’importe quel parti lors d’une élection, et les libéraux fédéraux ont besoin du Québec s’ils veulent gouverner avec une majorité. Suite à ce plébiscite, Québec pourrait également trouver des alliés du côté de l’Alberta, de la Saskatchewan et même de l’Ontario, des provinces qui réclament elles aussi davantage d’autonomie, notamment sur les questions migratoires.

En plus d’être politique, ce rapport de force pourrait fort probablement devenir juridique. Certes, le Renvoi relatif à la sécession du Québec de 1998 portait précisément sur la sécession, et rien ne garantit que l’obligation de négocier reconnue par la Cour suprême s’appliquerait automatiquement à un référendum sectoriel. On peut néanmoins supposer que la Cour serait sensible à une volonté populaire exprimée de façon aussi claire, par exemple si près des deux tiers des Québécois réclamaient davantage de pouvoirs en matière d’immigration et de culture.

Les juges de la Cour suprême sont des juristes éminemment intelligents, parfaitement conscients des conséquences politiques de leurs décisions et soucieux de préserver l’unité canadienne. Permettre à Ottawa d’ignorer une volonté québécoise aussi nette risquerait justement d’alimenter le ressentiment et de raviver le mouvement souverainiste. La Cour aurait donc de bonnes raisons d’appliquer une logique comparable et d’inciter, voire d’obliger, le gouvernement fédéral à négocier de bonne foi sur des pouvoirs qui, de son point de vue, sont bien moins fondamentaux que l’intégrité territoriale du Canada.

Et si le gouvernement fédéral refusait malgré tout d’ouvrir la discussion? Son refus deviendrait alors un argument puissant pour les souverainistes. Les Québécois verraient concrètement jusqu’où va, ou ne va pas, la souplesse du fédéralisme canadien. Le camp du OUI aurait peut-être enfin les conditions nécessaires pour recommencer à progresser.

Voilà pourquoi le PQ devrait préférer une démarche graduelle à un nouveau saut dans le vide. Il faut d’abord choisir une revendication capable de rassembler une forte majorité, gagner ce premier combat et obliger Ottawa à se dévoiler. La suite dépendrait de sa réponse et du jugement des Québécois.

Les péquistes doivent réaliser qu’en politique, on ne gagne pas en répétant la même stratégie dans l’espoir que la réalité finisse par s’y plier. On avance en choisissant une bataille que la population est prête à mener avec nous.

Vous êtes pas tannés de perdre?

Si vous êtes d’accord, je vous invite à partager ce texte avec vos proches, particulièrement avec vos amis souverainistes. Il est urgent d’ouvrir ce débat.

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Pour un Québec plus fort,

Léo Dupire
Québec FIER

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