Selon Katie Notopoulos, journaliste spécialisée dans la technologie et la culture pour Business Insider, l’apparition de Grokipedia marque un nouveau tournant dans la bataille culturelle qui traverse Internet. Comme elle l’explique, Grokipedia se veut une alternative à Wikipedia créée par Elon Musk, officiellement pour offrir une version moins « woke » de la célèbre encyclopédie en ligne. Mais au-delà de cet objectif idéologique, Notopoulos observe que dans certains cas précis, Grokipedia parvient étonnamment à surpasser l’original.
Dès le départ, Katie Notopoulos souligne sa propre méfiance envers le projet de xAI. Les articles sur des sujets sensibles — comme « Elon Musk » ou « genre » — suivent exactement la ligne éditoriale annoncée : une vision qui se prétend « sans biais », mais qui reflète manifestement les obsessions idéologiques de leur créateur. L’autrice dit même que « réfléchir trop longtemps à cette notion d’anti-wokisme donne mal à la tête », et qu’elle préfère ne pas insister.
Cependant, Notopoulos observe que la grande majorité des 800 000 pages de Grokipedia ne sont pas politiques. Wikipedia en compte plus de 7 millions en anglais, ce qui laisse un immense territoire peu controversé à copier. Et c’est bien ce que Grokipedia fait : comme Wikipedia autorise les robots à consulter et réutiliser son contenu, Grokipedia reproduit presque mot pour mot une bonne partie des entrées. Selon elle, les articles sur des sujets neutres — comme l’animation Bolt de Disney — sont pratiquement identiques, avec les mêmes sections sur le scénario, les coulisses de la production et la critique.
C’est pourtant en s’aventurant dans les zones délaissées de Wikipedia que Grokipedia semble trouver une utilité réelle. Katie Notopoulos note que certaines pages trop courtes, mal structurées ou vieillies sont parfois mieux traitées par l’intelligence artificielle. Ce sont les « pages mal aimées », comme elle les appelle : des entrées étirées sur une décennie par de petites contributions humaines, pleines d’anecdotes dispersées et d’un style décousu.
L’exemple qu’elle donne est révélateur. En cherchant des informations sur l’école privée Dana Hall School — fréquentée par une récente lauréate du prix Nobel de la paix — elle a constaté que la page Wikipedia était longue mais désorganisée. L’entrée correspondante sur Grokipedia, au contraire, lui a semblé plus claire, mieux structurée, répartie en sections cohérentes allant de l’histoire à l’impact de l’établissement. Selon elle, l’IA semble capable de synthétiser rapidement diverses sources fiables pour créer un texte plus complet que ce que des bénévoles ont réussi à accumuler avec les années.
Toutefois, Notopoulos relève aussi des dérives inquiétantes. Certains ajouts semblent trahir des intentions idéologiques précises, notamment lorsqu’elle observe une section entière sur les débats autour de l’éducation non mixte, ou une discussion sur la diversité raciale teintée, selon ses mots, « d’un parfum anti-DEI ». Comme elle le dit, à ce stade, mieux vaut « mettre cela de côté pour éviter un nouveau mal de tête ».
En explorant davantage, la journaliste découvre un phénomène similaire : les articles sur de petites villes ou des sujets historiques mineurs sont parfois plus étoffés sur Grokipedia. Elle cite notamment le cas de la baronne Marie Vetsera, protagoniste d’un scandale royal du XVIIIe siècle. Wikipedia en propose une page solide, mais Grokipedia livre une version plus développée, plus narrative. À côté de ces qualités, Notopoulos souligne aussi les défauts : des citations douteuses, comme une source provenant d’une page Facebook manifestement générée par IA.
Pour elle, cet exemple montre à la fois la force et la faiblesse de Grokipedia. Capable de développer rapidement du contenu là où Wikipedia manque de bras, l’outil produit également des erreurs, des approximations et des choix éditoriaux questionnables.
Katie Notopoulos se fait toutefois nuancée. Elle rapporte que Jimmy Wales lui-même — fondateur de Wikipedia — a récemment déclaré ne pas être hostile à une collaboration entre humains et IA. Wales imagine un futur où un éditeur humain pourrait demander à l’IA d’aller chercher des faits supplémentaires dans des sources fiables déjà listées, puis les vérifier avant de les publier. Une manière d’assister le travail bénévole sans le remplacer.
En conclusion, Notopoulos affirme qu’elle ne compte pas se tourner vers Grokipedia pour chercher des faits, et qu’elle ne le recommande à personne. Pour elle, l’idéal serait plutôt que Wikipedia observe ce que Grokipedia réussit bien et s’en inspire. Grokipedia pourrait ainsi servir de laboratoire imparfait : une zone de test où certaines idées fonctionnent et d’autres non, et dont l’encyclopédie humaine pourrait tirer des leçons.



