Une femme de Rosemont a subi une commotion cérébrale après que des militants d’extrême gauche eurent attaqué son appartement en pleine nuit, croyant s’en prendre au domicile du cofondateur d’une entreprise montréalaise spécialisée en intelligence artificielle.
L’incident, rapporté le 11 août par La Presse, mais passé quelque peu inaperçu, dépasse largement le simple vandalisme. Le groupe qui a revendiqué l’attaque affirme vouloir mener une véritable campagne contre l’intelligence artificielle et la surveillance, allant jusqu’à évoquer explicitement les « cocktails Molotov » et les « attaques résidentielles » parmi les moyens à employer.
Une femme réveillée par des coups de marteau
Pascale Nadeau dormait dans son appartement de Rosemont aux petites heures du matin lorsqu’un individu s’est attaqué à sa porte d’entrée avec un marteau.
La vitre a été fracassée et la porte endommagée. Persuadée que quelqu’un tentait de pénétrer chez elle, Mme Nadeau a appelé le 911 avant de perdre connaissance. En tombant, elle s’est blessée et a subi une commotion cérébrale.
« J’aurais pu mourir », a-t-elle raconté à La Presse, disant craindre encore pour sa sécurité après l’événement.
Le plus troublant est qu’elle n’avait absolument rien à voir avec le conflit politique à l’origine de l’attaque : les militants s’étaient tout simplement trompés de cible.
Ils croyaient viser un entrepreneur montréalais
L’adresse avait autrefois été occupée par Dominic MacDuff-Auger, cofondateur de Munera Intelligence, une petite entreprise montréalaise qui développe notamment une technologie de surveillance de chantiers utilisant des drones et l’intelligence artificielle.
MacDuff-Auger avait toutefois quitté le logement environ un an avant l’attaque.
Sa jeune entreprise avait récemment attiré l’attention après que la Ville de Montréal eut annoncé vouloir tester sa technologie afin notamment de détecter des travaux illégaux ou des entraves à la circulation oubliées sur les chantiers.
C’est cette utilisation de drones dotés d’intelligence artificielle qui semble avoir fait de l’entrepreneur une cible.
Le groupe ayant revendiqué l’action se présente sous le nom de « Front de libération anarchiste révolutionnaire ».
Dans une vidéo accompagnant son communiqué, on peut voir un individu frapper au marteau la vitre de la porte que les militants croyaient être celle du domicile de l’entrepreneur.
« Déclarer la guerre à l’IA »
La revendication ne laisse guère de doute sur la nature politique de l’action.
Dans un texte publié sur le site anarchiste Montréal Contre-Information, les auteurs affirment vouloir « déclarer la guerre à l’IA » et dénoncent un avenir dans lequel les drones et les technologies de surveillance permettraient selon eux aux gouvernements d’accroître leur contrôle de la population.
Surtout, le groupe ne présente pas l’attaque de Rosemont comme un geste isolé.
Il appelle ouvertement à intensifier ses méthodes et cite parmi celles-ci les « cocktails Molotov » et les « attaques résidentielles ». Le texte se termine par un appel à poursuivre la lutte jusqu’à la « victoire totale de la révolution sociale ».
La distinction avec une simple manifestation, une campagne militante ou même du vandalisme opportuniste est importante : les auteurs revendiquent eux-mêmes une stratégie consistant à frapper physiquement des propriétés et des domiciles associés à ceux qu’ils considèrent comme des adversaires idéologiques.
Un cocktail Molotov lancé contre Microsoft la même nuit
L’inquiétude de Pascale Nadeau est d’autant plus compréhensible que le même groupe a revendiqué une deuxième attaque au cours de la même nuit.
Cette fois, des bureaux montréalais de Microsoft, situés dans le Mile-Ex, ont été visés par un cocktail Molotov.
Selon la revendication, Microsoft était ciblée en raison de son rôle dans le développement de l’intelligence artificielle et des centres informatiques. Une vidéo diffusée avec le communiqué montre un engin incendiaire être allumé puis lancé en direction de l’immeuble.
Mme Nadeau elle-même a souligné à La Presse qu’elle avait eu de la chance que les militants ne choisissent pas la même méthode contre son appartement.
L’erreur d’adresse aurait alors pu avoir des conséquences dramatiquement différentes.
L’extrémisme politique ne devient pas anodin parce qu’il vient de la gauche
Cette affaire devrait soulever un débat plus large au Québec sur la tolérance dont bénéficient parfois certaines formes de violence lorsqu’elles se présentent sous les habits de l’anticapitalisme, de l’anarchisme ou de la lutte contre la technologie.
Il est parfaitement légitime de s’opposer à la surveillance, aux drones, à l’intelligence artificielle ou aux décisions de la Ville de Montréal. Il est également légitime de manifester contre une entreprise ou d’en critiquer publiquement les dirigeants.
Se rendre au domicile d’un entrepreneur en pleine nuit avec un marteau appartient à une tout autre catégorie.
La frontière est encore plus nette lorsque ceux qui posent le geste annoncent eux-mêmes vouloir multiplier les attaques résidentielles et l’utilisation d’engins incendiaires.
L’affaire de Rosemont démontre également pourquoi le recours à l’intimidation politique au domicile des individus est particulièrement dangereux : les militants n’ont même pas réussi à identifier correctement la personne qu’ils voulaient attaquer.
Une femme entièrement étrangère au dossier s’est ainsi retrouvée seule, en pleine nuit, convaincue que quelqu’un était en train d’entrer chez elle.
Une escalade qu’il serait dangereux de banaliser
L’affaire survient dans un contexte où la violence politique et sa banalisation deviennent de plus en plus difficiles à ignorer en Amérique du Nord.
Depuis l’assassinat du patron de UnitedHealthcare Brian Thompson, Luigi Mangione est devenu une figure presque héroïque dans certaines franges de la gauche radicale, où le meurtre d’un dirigeant d’entreprise a parfois été présenté comme une forme de vengeance sociale. D’autres épisodes récents ont montré la même facilité à justifier, relativiser ou même célébrer la violence lorsqu’elle vise une personne perçue comme riche, conservatrice ou associée au monde des affaires.
Le Québec n’est évidemment pas les États-Unis. Mais il serait imprudent de croire qu’il est immunisé contre cette dérive.
Lorsqu’un groupe révolutionnaire montréalais commence à parler ouvertement de cocktails Molotov et d’attaques à domicile, ce n’est plus seulement une question de graffitis, de vitrines ou de manifestations qui débordent. C’est une culture politique dans laquelle certains adversaires cessent progressivement d’être considérés comme des citoyens avec lesquels on débat pour devenir des cibles contre lesquelles la violence peut être envisagée comme un moyen légitime.
C’est précisément à ce moment-là qu’une société démocratique doit tracer une ligne claire.
La violence politique ne devient pas plus acceptable parce qu’elle se réclame de l’anticapitalisme, de l’écologie, de l’anarchisme ou de toute autre cause réputée vertueuse. Elle demeure de la violence politique — et elle mérite d’être traitée comme telle.



