Alors que les relations entre Ottawa et Washington traversent une phase de crispation rarement vue depuis des décennies — querelles commerciales, menaces symboliques, démonstrations de force américaines ailleurs sur le globe — un domaine échappe encore à la logique de confrontation : l’espace. Là-haut, les rivalités terrestres se font plus discrètes, parfois même inexistantes.
C’est dans ce contexte paradoxal que la mission Artemis II se prépare à décoller dès février. La fusée SLS doit être transportée vers le pas de tir du centre spatial Kennedy dans les prochains jours, prélude à un vol historique qui enverra quatre astronautes faire le tour de la Lune avant de revenir sur Terre. Il ne s’agira pas d’un alunissage, mais d’une trajectoire dite de « retour libre », test crucial avant les futures missions lunaires habitées.
Au cœur de l’équipage figure un Canadien, le colonel Jeremy Hansen, astronaute de l’Agence spatiale canadienne, aux côtés de trois astronautes américains. Le vol réunira d’ailleurs plusieurs premières symboliques : la première femme, le premier astronaute noir et le premier non-Américain à participer à une mission lunaire habitée.
C’est dans ce récit, à la fois scientifique et géopolitique, qu’un texte de Chris Knight, publié dans le National Post, rappelle à quel point la coopération spatiale a souvent résisté aux tempêtes politiques. De la mission Apollo-Soyouz en pleine guerre froide jusqu’à la Station spatiale internationale, Américains et Russes ont continué de travailler ensemble malgré des conflits bien réels sur Terre.
Pendant que le président américain multiplie les déclarations abrasives à propos du Canada, Hansen poursuit son entraînement dans un silence presque monastique. Pilote de CF-18, diplômé du Collège militaire royal du Canada, il incarne une tradition canadienne bien ancrée dans les programmes spatiaux américains depuis les années 1980.
Si Artemis II atteint ses objectifs, l’équipage battra au passage deux records établis à l’époque d’Apollo : la plus grande distance jamais parcourue par des humains et la vitesse la plus élevée atteinte lors d’un vol habité. Une manière de rappeler que, malgré les tensions politiques, certaines ambitions demeurent résolument communes.
À long terme, le Canada est assuré d’au moins une autre place sur une future mission Artemis, et contribue déjà à la station lunaire Gateway avec un bras robotisé. Dans un monde de plus en plus fragmenté, l’exploration spatiale continue ainsi de jouer un rôle discret mais puissant : celui d’un terrain neutre où la coopération reste possible, même quand tout le reste se fissure.



