Alors que le Québec s’enfonce dans une crise énergétique sans précédent, des membres de la communauté innue de Terre-Neuve ont décidé de bloquer l’accès à Gull Island pour empêcher Hydro-Québec d’y effectuer des études de terrain essentielles à l’éventuel aménagement d’un barrage sur la rivière Churchill. Ce nouveau geste d’obstruction survient alors même qu’une entente de principe a été conclue entre Hydro-Québec et la Innu Nation en juin dernier, prévoyant un soutien financier de 87 millions $ sur 16 ans en échange d’un partenariat structurant sur le développement du site.
D’après les informations rapportées par la journaliste Jenna Head pour CBC News, environ vingt manifestants ont érigé des barricades mercredi soir afin d’empêcher l’accès aux travailleurs de la société d’État. Les opposants dénoncent la « destruction » du territoire et affirment vouloir y camper aussi longtemps que nécessaire pour bloquer les travaux de déboisement et de forage.
Des manifestants opposés malgré l’accord
Les protestataires affirment que le projet viendrait dégrader un lieu important pour leur communauté. Interrogé par CBC News, Chris Dyke affirme que le site du Manishan Nui Gathering — un rassemblement culturel important — risquerait d’être affecté : « Le site sert à rassembler les gens, pas à le détruire. » D’autres évoquent un attachement personnel à la terre, notamment pour les activités traditionnelles comme la chasse ou l’enseignement aux jeunes.
Antonia Katshinak, également présente sur place, craint une transformation irréversible du paysage. « L’eau va tout recouvrir. Tout sera détruit. La terre est plus importante que l’argent », a-t-elle déclaré. Elle prévoit, avec son mari, de rester sur place aussi longtemps que nécessaire.
Cette opposition entre la terre et l’argent, fréquemment évoquée dans le discours des manifestants, peut toutefois paraître réductrice dans le cadre actuel. Le projet envisagé ne se limite pas à une simple logique de profit, mais s’inscrit dans une perspective plus large de sécurité énergétique pour le Québec, de partenariat économique durable avec les communautés autochtones et de transition vers une production d’électricité décarbonée. Présenter l’entente comme un choix entre la culture et la cupidité ne rend pas compte de la complexité des enjeux à long terme.
Hydro-Québec assure que les travaux sont limités
Selon la porte-parole d’Hydro-Québec, Lynn St-Laurent, les relevés ne devraient pas interférer avec le Gathering, prévu en septembre. Les travaux prévoient notamment du forage et de l’abattage d’arbres pour les besoins des études, qui pourraient s’étendre jusqu’à la mi-octobre, avec un maximum de 40 employés sur place.
L’entreprise soutient que ces études sont une étape préalable à toute prise de décision finale et qu’elles s’inscrivent dans un processus respectueux de l’entente convenue avec les représentants de la Innu Nation.
Un blocage dans un contexte énergétique tendu
Ce blocage survient alors que le contexte énergétique québécois est marqué par des tensions croissantes. Hydro-Québec fait face à une pression accrue pour répondre à la demande croissante d’électricité, notamment dans le cadre de la transition énergétique, du développement industriel et des objectifs de décarbonation. Le potentiel de Gull Island, complémentaire à celui de Muskrat Falls, est considéré par plusieurs analystes comme stratégique pour la sécurité énergétique du Québec au cours des prochaines décennies.
Le projet en question s’inscrit dans une logique de développement à long terme et vise, selon l’entente, à inclure les communautés autochtones concernées dans sa gouvernance et ses retombées économiques. Le blocage actuel révèle toutefois une fracture au sein même des communautés touchées, entre les instances représentatives ayant négocié l’accord et certains membres de la base exprimant leur opposition.



