Caracas mise sur les drones iraniens pour défier Washington

L’article d’Antonio María Delgado, publié par le Miami Herald le 29 août 2025, met en lumière la montée en puissance du programme de drones militaires vénézuéliens et ses liens étroits avec l’Iran. L’auteur explique que ce projet, amorcé en secret dès les années 2000 sous l’impulsion d’Hugo Chávez, visait à doter le Venezuela d’armes capables de défier la supériorité militaire américaine.

Delgado rappelle que, dès 2012, Chávez avait présenté à la télévision nationale trois prototypes d’aéronefs sans pilote, qu’il décrivait alors comme de simples outils de surveillance. En réalité, comme le souligne le journaliste, ces engins découlaient directement d’une coopération avec Téhéran : un contrat initial de 28 millions de dollars permit l’assemblage de kits de drones Mohajer-2 fournis par l’entreprise iranienne Qods Aviation Industries. Les techniciens vénézuéliens reçurent une formation en Iran, tandis que des experts iraniens s’installaient sur la base aérienne El Libertador de Maracay pour superviser la production locale.

Selon Delgado, le premier modèle fabriqué sur place fut l’Arpía-001, dévoilé en 2012, destiné avant tout à la reconnaissance. Mais derrière cette façade civile et sécuritaire, la coopération technologique s’est intensifiée. L’auteur précise que « même aujourd’hui, ce sont les Iraniens qui contrôlent les installations, les Vénézuéliens n’y accédant qu’avec leur aval », d’après une source citée par le Miami Herald.

La crise économique a ralenti la production après 2014, mais l’attentat manqué contre Nicolás Maduro en 2019, perpétré avec des drones commerciaux explosifs, a servi d’électrochoc. Dès 2020, une nouvelle entité publique, Empresa Aeronáutica Nacional S.A., fut créée pour relancer la filière, encore une fois avec l’aide de Téhéran.

Delgado rappelle qu’en 2022, Caracas surprit la région en présentant lors du défilé militaire du 5 juillet deux nouveaux modèles avancés : l’ANSU-100, capable de tirer des bombes guidées iraniennes Qaem, et l’ANSU-200, inspiré des drones furtifs iraniens. Avec ces appareils, le Venezuela devint le premier pays latino-américain à disposer de drones armés.

L’auteur souligne que cette « iranisation » de la doctrine militaire vénézuélienne a conduit à l’apparition de drones kamikazes, tels que le Zamora V-1 dévoilé en 2024, inspiré du Shahed-136 utilisé par la Russie en Ukraine. Ce transfert technologique nourrit les inquiétudes de Washington, de la Colombie et d’Israël. Le Miami Herald rappelle que Benny Gantz, alors ministre israélien de la Défense, avait accusé en 2022 Téhéran d’avoir transféré des drones armés à Caracas, ce que les deux gouvernements concernés ont nié malgré des preuves photographiques.

Aujourd’hui, la question prend une nouvelle dimension stratégique. Comme le rapporte Delgado, alors que les États-Unis ont déployé une force navale impressionnante dans les Caraïbes sous prétexte d’opérations antidrogue, Caracas a annoncé un vaste plan de mobilisation militaire incluant drones, patrouilles maritimes et renforts aux frontières. Le ministre de la Défense Vladimir Padrino López a insisté sur la nécessité de « protéger la souveraineté » et de « combattre le narcotrafic », mais Washington soupçonne un usage plus offensif de ces drones, y compris la possibilité d’un transfert technologique à des groupes criminels ou paramilitaires régionaux.

Delgado conclut que ce partenariat discret mais massif, financé par des milliards de dollars dissimulés derrière des projets civils fictifs, place désormais le Venezuela au centre d’un jeu géopolitique explosif : celui de la projection de puissance iranienne en Amérique latine et de la confrontation latente avec les États-Unis.

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