Jamie Sarkonak, dans son article du National Post publié le 29 août 2025, analyse la décision d’Edmonton Public Schools de retirer près de 200 livres de ses bibliothèques scolaires en raison de leur contenu sexuellement explicite. L’auteure estime que cette mesure, loin de constituer une censure abusive, correspond à un principe de bon sens : protéger les élèves de scènes détaillant viols et abus sexuels, parfois infligés à des enfants.
Sarkonak rappelle que la directive provinciale de l’Alberta interdit la présence d’œuvres contenant des scènes sexuelles explicites dans les bibliothèques scolaires, et réserve les livres comportant des passages non graphiques à des élèves de la 10e année et plus. À la différence de l’Ontario, où certains conseils scolaires ont retiré des ouvrages pour des raisons politiques liées à la diversité et à l’inclusion sans rendre publique leur démarche, Edmonton a établi une liste claire, récemment divulguée par CBC. Cette transparence, souligne-t-elle, permet de comprendre les critères utilisés et d’éviter les suspicions d’idéologie.
L’auteure cite plusieurs titres emblématiques inscrits sur la liste. Clan of the Cave Bear de Jean M. Auel décrit le viol brutal d’une fillette de dix ans par un homme préhistorique. Game of Thrones de George R.R. Martin, ainsi que ses suites, comportent des viols répétés de mineures. Outlander de Diana Gabaldon multiplie les scènes de viol, parfois très détaillées. On retrouve aussi des romans contemporains à connotation sexuelle comme How I Paid for College et Frenemies with Benefits.
Sarkonak insiste sur la présence d’œuvres considérées comme des classiques littéraires : Lolita de Nabokov, centré sur l’abus d’une fillette par un adulte ; The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood, où l’asservissement sexuel est institutionnalisé ; I Know Why the Caged Bird Sings de Maya Angelou, qui relate le viol de l’auteure à huit ans ; ou encore The Color Purple d’Alice Walker, qui aborde aussi le thème du viol d’enfant. Pour Sarkonak, même si ces textes ont une valeur littéraire incontestable, ils relèvent d’une lecture adulte et non scolaire. Les enseignants, précise-t-elle, demeurent libres de les utiliser comme matériel de classe, puisque la restriction ne touche que les bibliothèques.
L’auteure note qu’un roman comme Snow Flower and the Secret Fan de Lisa See pourrait constituer un dommage collatéral : bien qu’il contienne des thèmes sexuels liés au mariage, elle affirme n’y avoir rien trouvé de pornographique. Mais l’exception ne remet pas en cause, selon elle, la pertinence globale de la démarche.
Elle réfute aussi l’argument avancé par Laura Winton, ancienne présidente de l’Association des bibliothèques de l’Alberta, selon laquelle un contenu sexuellement explicite ne rend pas automatiquement un livre inapproprié. Pour Sarkonak, la mission particulière de l’école publique impose de tenir compte des valeurs des parents et de limiter l’exposition des élèves à des passages d’abus ou de viols détaillés.
En conclusion, Sarkonak compare cette politique à la classification cinématographique : tout comme certains films classés R — Le Parrain, Reviens-moi, Lettres d’Iwo Jima — peuvent être d’excellentes œuvres tout en restant réservées à un public adulte, des livres de grande valeur littéraire peuvent être exclus des bibliothèques scolaires sans nuire à la formation intellectuelle des élèves. Ces derniers pourront toujours découvrir ces titres ailleurs, dans les bibliothèques publiques, chez eux, ou par leurs propres lectures. Pour elle, il s’agit d’une mesure équilibrée, qui protège les enfants sans limiter l’accès global au savoir.


