La présence croissante d’entreprises canadiennes dans les régions minières du Mexique se heurte de plus en plus à une réalité sécuritaire instable, marquée par la fragmentation et la violence des cartels. L’enlèvement récent de dix travailleurs liés à une société minière de Vancouver, dans l’État de Sinaloa, illustre brutalement les risques auxquels sont exposés les projets étrangers dans des zones désormais prises en otage par une guerre criminelle interne.
Une faction du cartel de Sinaloa pointée du doigt
Selon CBC News, qui rapporte l’information sous la plume du journaliste Jorge Barrera, une faction du cartel de Sinaloa connue sous le nom de Los Chapitos serait liée à l’enlèvement de dix employés d’une entreprise minière canadienne opérant dans le nord-ouest du Mexique. L’information a été confirmée par Omar García Harfuch, secrétaire mexicain à la Sécurité et à la Protection citoyenne, lors d’une conférence de presse tenue à Tijuana le 30 janvier 2026.
Harfuch a précisé que les autorités fédérales et étatiques étaient activement à la recherche du chef d’une cellule criminelle affiliée à Los Chapitos, laquelle opérerait dans la région de Concordia, une municipalité située au centre de l’État de Sinaloa. C’est dans ce secteur que les employés de la société minière auraient été enlevés le 24 janvier dernier, selon les autorités mexicaines, rapporte CBC News.
« L’ensemble du cabinet de sécurité ne cessera pas les recherches », a déclaré Harfuch, cité par Jorge Barrera pour CBC News, soulignant l’ampleur de la mobilisation gouvernementale.
Vizsla Silver suspend certaines opérations
La société concernée est Vizsla Silver Corp, une entreprise basée à Vancouver qui développe un projet d’extraction d’argent et d’or baptisé Panuco, dans l’État de Sinaloa. Dans une déclaration transmise à CBC News, l’entreprise a confirmé avoir suspendu certaines activités sur le site, affirmant que « la sécurité et la libération saine et sauve de nos employés constituent la priorité absolue ».
Ces informations sont corroborées par Global News, qui rapporte sous la plume de la journaliste Amy Judd que les dix personnes ont été enlevées directement sur le site de Concordia. Vizsla Silver y confirme également que ses équipes de gestion de crise et de sécurité sont « activement engagées », tout en reconnaissant que les informations demeurent limitées à ce stade de l’enquête.
La société n’a pas divulgué l’identité des personnes enlevées ni leur nationalité, une prudence classique dans ce type de dossier sensible.
Une guerre de succession sanglante au cœur du cartel
Le contexte sécuritaire en Sinaloa est particulièrement explosif. Comme le rappelle CBC News, la faction des Los Chapitos demeure loyale aux fils de Joaquín « El Chapo » Guzmán, aujourd’hui emprisonné. Elle est engagée dans une guerre ouverte contre une faction rivale fidèle au clan d’Ismael « El Mayo » Zambada, ancien co-dirigeant historique du cartel de Sinaloa.
Cette guerre interne aurait été déclenchée à l’été 2024, lorsqu’un des fils d’El Chapo aurait trahi Zambada en le livrant aux autorités américaines. Depuis, le conflit a plongé l’État de Sinaloa dans une spirale de violence, faisant, selon les autorités, des milliers de morts et de disparus.
Face à cette escalade, le gouvernement mexicain a déployé 1 600 soldats supplémentaires dans la région, notamment après que deux députés régionaux du parti Movimiento Ciudadano ont essuyé des tirs à Culiacán, la capitale de l’État, rapporte CBC News.
Enquête en cours et réaction canadienne
Le bureau du procureur général de l’État de Sinaloa a confirmé à CBC News avoir ouvert une enquête officielle à la suite d’un appel d’urgence logé le 24 janvier par un représentant de l’entreprise. Les autorités étatiques travaillent de concert avec les forces fédérales, incluant l’armée, et ont déjà procédé à l’exécution d’un mandat de perquisition dans le cadre de l’enquête.
Le média mexicain Latinus a pour sa part rapporté que les employés auraient été enlevés dans une résidence louée par Vizsla Silver à Concordia, la veille du signalement officiel.
Du côté canadien, Affaires mondiales Canada a confirmé être au courant de « l’incident de sécurité » et suivre la situation de près. L’ambassade du Canada au Mexique est en communication avec les autorités locales, mais Ottawa affirme ne pas être au courant de citoyens canadiens directement touchés à ce stade.
Un signal d’alarme pour l’industrie minière canadienne
Cet enlèvement survient alors que le Mexique demeure l’un des principaux terrains d’investissement pour les sociétés minières canadiennes. Toutefois, l’épisode souligne de façon brutale la fragilité de ces projets lorsqu’ils s’implantent dans des territoires disputés par des organisations criminelles lourdement armées.
Si la situation des dix employés demeure incertaine, l’affaire met en lumière une réalité de plus en plus difficile à ignorer : dans certaines régions du Mexique, l’exploitation des ressources naturelles se déroule désormais à l’ombre directe des cartels, et parfois au cœur même de leurs conflits internes.



