Alors que l’insécurité chronique continue de ravager le nord du Nigeria, un nouvel épisode de violence visant des communautés religieuses a mis en lumière les contradictions des autorités nigérianes. Après avoir nié toute attaque, la police fédérale a finalement reconnu l’enlèvement massif de fidèles chrétiens dans l’État de Kaduna, confirmant les informations rapportées par les responsables religieux locaux et les services internationaux.
Des enlèvements d’ampleur dans plusieurs églises de Kaduna
Dans un article publié le 22 janvier 2026, Radio France Internationale (RFI) rapporte que plus de 160 personnes ont été enlevées dans le village de Kurmin Wali, dans l’État de Kaduna, lors d’attaques coordonnées contre plusieurs églises. L’information a été confirmée par un haut responsable chrétien local et un chef de village, tandis qu’un rapport de sécurité préparé pour les Nations unies fait état de plus de 100 personnes kidnappées dans différents lieux de culte.
Ces attaques s’inscrivent dans une série de violences ciblant régulièrement les communautés chrétiennes du nord du Nigeria, une région où les enlèvements de masse sont devenus une tactique récurrente des groupes armés.
Revirement tardif de la police nigériane
Dans un premier temps, la police de l’État de Kaduna ainsi que deux hauts responsables gouvernementaux avaient catégoriquement nié toute prise d’otages, affirmant que des agents de sécurité dépêchés sur place n’avaient trouvé « aucune preuve » d’enlèvements. Une position qui a rapidement suscité l’indignation des responsables religieux et des populations locales.
Selon RFI, le porte-parole national de la police nigériane, Benjamin Hundeyin, a finalement reconnu mardi soir qu’une « abduction » avait bien eu lieu. Il a précisé que des opérations de sécurité étaient en cours, avec pour objectif prioritaire de localiser et de secourir les victimes, tout en rétablissant le calme dans la région.
Hundeyin a justifié les dénégations initiales en expliquant qu’elles visaient à « éviter une panique inutile » pendant la phase de vérification des faits. Il a soutenu que ces déclarations avaient été « mal interprétées » et ne constituaient pas un déni de l’incident, mais une réponse prudente en attente de confirmations opérationnelles.
Les responsables chrétiens dénoncent une tentative d’étouffement
Les autorités religieuses chrétiennes du nord du Nigeria ont vivement contesté cette version. Toujours selon RFI, le révérend Joseph Hayab, président de l’Association chrétienne du Nigeria pour la région nord, a affirmé qu’une liste nominative de plus de 177 personnes enlevées avait été transmise aux autorités.
« Nous avons produit les noms de plus de 177 personnes, et il n’y a aucun doute sur la réalité des faits », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse, citée par RFI. Il a également évoqué l’existence de témoins ayant réussi à s’échapper, certains blessés, ce qui, selon lui, rend toute tentative de minimisation des événements intenable. « On ne peut pas enlever un tel nombre de personnes et prétendre ensuite que cela peut être enterré », a-t-il insisté.
Une insécurité endémique, au-delà des clivages religieux
L’attaque de Kaduna s’inscrit dans un contexte plus large de violences touchant indistinctement chrétiens et musulmans dans le nord et le centre du Nigeria. RFI rappelle que les groupes armés, communément appelés « bandits », multiplient les enlèvements de masse contre rançon, pillent des villages entiers et exploitent l’effondrement sécuritaire de vastes zones rurales.
En novembre dernier, plus de 300 élèves et enseignants avaient été enlevés dans une école catholique de l’État du Niger. Si une cinquantaine avaient réussi à s’échapper, les autres n’avaient été libérés que plusieurs semaines plus tard, en deux vagues successives.
Pressions internationales et implication américaine
L’insécurité persistante au Nigeria a récemment attiré l’attention directe de Washington. Selon RFI, le président américain Donald Trump a accentué la pression diplomatique sur Abuja, en particulier au sujet des violences visant les communautés chrétiennes.
Fin décembre, les États-Unis ont mené des frappes aériennes contre des militants liés au groupe État islamique dans l’État de Sokoto, des opérations que le gouvernement nigérian affirme avoir autorisées. Parallèlement, Abuja a conclu un contrat de lobbying de 750 000 dollars par mois avec une firme américaine, afin d’améliorer sa communication à Washington sur les mesures prises pour protéger les communautés chrétiennes et maintenir le soutien américain dans la lutte contre les groupes jihadistes en Afrique de l’Ouest, selon des documents déposés auprès du département américain de la Justice et cités par RFI.



