Foreign Affairs : l’ombre de l’État islamique plane à nouveau sur la Syrie

Caroline Rose, directrice au New Lines Institute et professeure associée à l’Université Georgetown, ainsi que Colin P. Clarke, directeur de recherche au Soufan Group et chercheur principal au Soufan Center, signent dans Foreign Affairs une analyse sur le retour de l’État islamique en Syrie. Les deux experts mettent en garde contre une résurgence d’ISIS au moment où les États-Unis planifient de réduire leur présence militaire dans la région.

Selon Caroline Rose et Colin P. Clarke, la chute du régime de Bachar al-Assad en 2024, remplacé par le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), a plongé la Syrie dans un climat d’instabilité marqué par des affrontements sectaires, des frappes israéliennes répétées et des divisions internes. Dans ce chaos, l’État islamique retrouve une marge de manœuvre : malgré ses effectifs réduits à environ 2 500 combattants, il a multiplié les attaques, passant de 121 opérations en 2023 à près de 300 en 2024, selon l’ONU et plusieurs ONG.

Les auteurs rappellent qu’en juin 2025, un attentat-suicide contre une église orthodoxe grecque à Damas a fait 25 morts, et qu’au cours de l’été, plus de deux douzaines d’attaques ont visé le nord-est syrien. ISIS exploite les fractures entre sunnites, chiites, chrétiens, kurdes et druzes pour regagner en influence et affaiblir la légitimité du gouvernement dominé par HTS.

Caroline Rose et Colin P. Clarke soulignent que le retrait progressif des troupes américaines — qui passeront de 2 000 à 1 400 d’ici la fin de 2025, avec une réduction prévue à 500 hommes — compromet la capacité de la coalition internationale à contenir l’État islamique. Sans soutien américain en matière de renseignement, de formation et de capacités opérationnelles, les forces syriennes et les milices kurdes intégrées risquent d’être incapables de prévenir un retour massif de la menace.

Les auteurs insistent : si Washington se retire trop tôt, la Syrie risque de retomber dans une spirale de guerre civile et de devenir un foyer de terrorisme régional. Ils recommandent non seulement le maintien d’une présence militaire américaine minimale, mais aussi l’intégration du nouveau gouvernement syrien à la coalition internationale contre l’État islamique, malgré les réticences que suscite l’ascension de l’ex-dirigeant djihadiste Ahmed al-Shara.

Pour Rose et Clarke, une stratégie de long terme, associant coopération militaire, renseignement partagé et limitation des interventions déstabilisatrices — notamment les frappes israéliennes — demeure essentielle pour empêcher ISIS de reconstruire son califat et de déstabiliser l’ensemble du Levant.

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