Alors que les tensions géopolitiques autour de l’Iran connaissent une nouvelle escalade, des échos inquiétants semblent désormais se faire entendre sur le sol canadien. Une fusillade visant un gymnase de boxe appartenant à un militant irano-canadien dans la région de Toronto soulève des questions troublantes quant à la capacité du pays à faire face aux menaces transnationales.
Une attaque ciblée en pleine nuit
Selon Masih Khalatbari, dans un article publié par le National Post, un gymnase de boxe appartenant à un militant opposé au régime iranien a été criblé de balles vers 3 h du matin dimanche, à Thornhill, en Ontario, près de l’intersection de Yonge Street et Steeles Avenue West. Les policiers de la York Regional Police ont été appelés sur les lieux après des signalements de coups de feu.
Le commerce visé, Saliwan Boxing, appartient à Salar Gholami, figure active des manifestations anti-régime dans la région du Grand Toronto. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent la façade du gymnase percée d’impacts de balles et des vitres brisées.
Toujours selon Khalatbari, l’établissement avait accueilli un rassemblement environ une heure avant les tirs pour souligner la mort du dirigeant iranien. « Imaginez si des familles et des enfants avaient encore été ici lorsque les coups de feu ont été tirés. Les conséquences auraient pu être catastrophiques », a déclaré Gholami.
Dans un communiqué relayé par son porte-parole Pouria Afkhami, il a affirmé que « ce n’est plus seulement une question de sécurité pour les Iraniens, mais pour les Canadiens eux-mêmes ».
La York Regional Police a indiqué au National Post que les enquêteurs croient que la fusillade était ciblée, sans toutefois avoir établi de mobile pour l’instant. L’inspecteur Jason DinsMore a précisé que les policiers cherchent à identifier un véhicule suspect et poursuivent leurs vérifications auprès des commerces et résidences avoisinants.
Une enquête élargie et un véhicule suspect
Dans un reportage publié par CP24, Joe Van Wonderen et Joanna Lavoie rapportent que la police a diffusé l’image d’un véhicule suspect lié à l’enquête. Des images de surveillance montrent un individu vêtu de sombre sortir puis remonter dans un VUS foncé stationné sur le site avant de quitter les lieux en direction est sur Highland Park Boulevard.
La police a confirmé que le bâtiment était inoccupé au moment des tirs et qu’aucun blessé n’a été signalé. Toutefois, elle reconnaît être « consciente des préoccupations au sein de la communauté » quant à un possible lien avec les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Dans un communiqué cité par CP24, les autorités affirment examiner « toutes les pistes disponibles », y compris la possibilité d’éléments politiquement motivés ou transnationaux.
L’ombre du Corps des Gardiens de la révolution islamique
Dans le Toronto Sun, le journaliste Bryan Passifiume rapporte que le Centre for Israel and Jewish Affairs (CIJA) exhorte Ottawa à prendre très au sérieux la menace posée par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC).
Son chef de direction, Noah Shack, a déclaré au Toronto Sun que le régime iranien « a terrorisé des gens ici au Canada, intimidant des Irano-Canadiens et complotant l’assassinat d’un ancien ministre de la Justice sur le sol canadien ». Il faisait référence à un complot déjoué en 2024 visant l’ancien ministre Irwin Cotler.
Passifiume rappelle également que le Canada a officiellement désigné l’IRGC comme entité terroriste en juin 2024. Selon des rapports gouvernementaux cités par le Toronto Sun, environ 700 agents liés à l’IRGC seraient présents au Canada.
Shack a insisté sur la nécessité d’empêcher l’entrée d’agents iraniens au pays et de « traiter rapidement, conformément à la loi, ceux qui s’y trouvent déjà ».
Un contexte international explosif
Le reportage du National Post souligne que ces événements surviennent dans un climat international particulièrement tendu, marqué par des frappes aériennes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran et des représailles régionales. Khalatbari mentionne également des incidents violents à l’étranger, notamment une attaque contre un restaurant perse à Melbourne arborant un drapeau pré-révolutionnaire iranien.
Les autorités canadiennes ne sont pas étrangères à ces préoccupations. En novembre dernier, le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Daniel Rogers, avait déclaré en conférence de presse que l’agence avait dû « réorienter ses opérations » pour contrer les actions des services de renseignement iraniens et de leurs mandataires, et qu’elle avait détecté et perturbé « des menaces potentiellement létales contre des individus au Canada ».
Une menace qui dépasse les communautés ciblées
La fusillade de Thornhill ne peut être réduite à un simple acte criminel isolé. Si le mobile demeure officiellement indéterminé, l’ensemble des éléments rapportés par le National Post, le Toronto Sun et CP24 met en lumière un phénomène plus large : l’exportation potentielle de conflits géopolitiques vers le territoire canadien.
L’attaque n’a fait aucune victime — un hasard qui aurait pu tourner au drame si l’établissement avait été occupé. Mais au-delà des dommages matériels, elle soulève une question fondamentale : le Canada est-il suffisamment préparé à faire face à des opérations d’intimidation ou de violence orchestrées par des acteurs étrangers ou leurs sympathisants?
Les forces policières assurent travailler en étroite collaboration avec des partenaires du renseignement pour examiner toutes les hypothèses. Reste que cet événement, combiné aux avertissements répétés du SCRS et aux précédents documentés, suggère que la menace ne relève plus uniquement du domaine théorique.



