Gaz naturel, défense et souveraineté économique: la Banque Nationale plaide pour un réalignement stratégique

Dans un contexte qu’il qualifie lui-même «d’état d’urgence économique», le président et chef de la direction de la Banque Nationale du Canada, Laurent Ferreira, invite le Québec et le Canada à revoir certaines de leurs positions structurantes en matière d’énergie et d’industrialisation. Comme le rapporte Dominique Talbot dans Les Affaires, le dirigeant bancaire estime qu’il ne faut pas fermer la porte à l’exploitation du gaz naturel québécois, tout en affichant un appétit marqué pour les investissements liés au secteur de la défense.

Revoir les dogmes énergétiques

Questionné par Les Affaires, Laurent Ferreira soutient que le Québec pourrait avoir devant lui «une occasion» d’exploiter ce qu’il décrit comme le gaz naturel «le plus vert au monde». Selon les propos rapportés par Dominique Talbot, le PDG estime qu’il serait pertinent d’examiner la possibilité de remplacer le gaz naturel importé des États-Unis et de réduire la consommation de mazout.

«On pourrait remplacer le gaz naturel que l’on importe des États-Unis. On pourrait arrêter de consommer du mazout. On pourrait faire toute sorte de choses», affirme-t-il.

Le dirigeant prend toutefois soin de préciser qu’il ne se présente pas comme un expert technique du secteur. Néanmoins, il juge légitime de poser la question: le Québec devrait-il réévaluer son interdiction actuelle? «Est-ce que l’on devrait regarder cette possibilité-là? Oui», dit-il, selon Les Affaires. Il évoque aussi la possibilité de coupler une éventuelle exploitation gazière à des projets de capture et de séquestration du carbone, suggérant qu’une approche technologique pourrait atténuer l’empreinte environnementale.

Ces déclarations prennent un relief particulier dans la mesure où, depuis août 2022, une loi adoptée par l’Assemblée nationale interdit la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures sur le territoire québécois.

Une taxonomie à revoir

Toujours selon Dominique Talbot dans Les Affaires, le PDG de la Banque Nationale estime qu’il est «absolument» temps de revoir la taxonomie canadienne en matière d’énergie, notamment en ce qui concerne le statut du gaz naturel.

«Nous sommes le seul pays en ce moment où le gaz naturel n’est pas une énergie de transition», souligne-t-il.

Cette critique s’inscrit dans un contexte plus large: celui de la stratégie industrielle de défense dévoilée le même jour par le gouvernement de Mark Carney. D’après Les Affaires, cette stratégie pourrait représenter près de 500 milliards de dollars d’investissements et la création de 125 000 emplois. Or, insiste Laurent Ferreira, une telle ambition industrielle nécessitera «beaucoup d’énergie».

L’argument est clair: si le Canada et le Québec veulent se repositionner stratégiquement dans la nouvelle donne géopolitique et industrielle, ils devront disposer d’un approvisionnement énergétique abondant, fiable et compétitif.

Une «occasion générationnelle» pour le Québec

Devant près de 1300 gens d’affaires réunis à l’invitation de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Laurent Ferreira a élargi son propos à la souveraineté économique.

Selon les informations rapportées par Les Affaires, il a qualifié la conjoncture actuelle «d’occasion extraordinaire de rebâtir notre souveraineté économique et devenir un joueur important». Il exhorte le Québec à ne pas manquer cette «opportunité générationnelle» et à se positionner comme leader mondial en misant sur ses forces structurelles.

Parmi celles-ci, il cite l’écosystème industriel et technologique, les PME, les matières premières, l’aluminium, ainsi que les industries navales, aéronautiques et de défense. À ses yeux, l’heure est venue de capitaliser sur ces atouts plutôt que de les sous-exploiter.

Quant au pétrole, Laurent Ferreira se dit «pour» son exploitation s’il existe une «logique de sécurité nationale», nuance importante qui inscrit son appui dans un cadre stratégique plutôt que purement commercial.

Défense: un appétit assumé pour le risque

L’article de Dominique Talbot souligne également l’intérêt marqué de la Banque Nationale pour les projets liés au secteur de la défense canadienne. Laurent Ferreira affirme que «l’appétit pour le risque» est très grand pour les grands projets canadiens.

En entrevue en marge de son discours, il précise toutefois que la Banque limitera son financement aux projets soutenant la défense des pays alliés. Il s’agit donc d’un appui encadré, aligné sur les alliances stratégiques du Canada.

Selon le dirigeant, la hausse des investissements fédéraux en défense sera favorable à plusieurs industries québécoises, renforçant l’argument d’une réindustrialisation appuyée sur la sécurité nationale.

Il était d’ailleurs accompagné, lors de sa présentation à la CCMM, de Stéfane Marion, économiste et stratège en chef de la Banque Nationale. D’après Les Affaires, ce dernier estime que les investissements en défense sont nécessaires pour réindustrialiser l’économie canadienne dans son ensemble.

Entre réalisme économique et repositionnement stratégique

À travers les propos rapportés par Dominique Talbot dans Les Affaires, Laurent Ferreira propose un repositionnement qui dépasse le seul débat énergétique. Il s’agit, dans son esprit, d’un réalignement stratégique: revoir certains interdits, adapter la taxonomie énergétique, investir massivement en défense et miser sur les capacités industrielles locales.

Dans une période marquée par les tensions géopolitiques, la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement et la montée des impératifs de sécurité nationale, le PDG de la Banque Nationale trace les contours d’une doctrine économique plus affirmée — où énergie, industrie et défense s’articulent autour d’un même objectif: renforcer la souveraineté économique du Québec et du Canada.

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