Infiltration de la BBC au cœur d’un réseau de passeurs entre la France et le Royaume-Uni

Selon un reportage publié par BBC News le 5 août 2025, rédigé par l’un de ses journalistes infiltrés et le correspondant Andrew Harding, une enquête secrète d’un an a révélé de l’intérieur le fonctionnement d’un réseau violent de passeurs opérant entre les côtes françaises et britanniques. Cette immersion, menée dans les forêts près de Dunkerque, a abouti à l’arrestation d’un suspect à Birmingham et a mis au jour les rouages d’une organisation où règnent intimidation, menaces et brutalité.

Le journaliste, expérimenté dans les opérations sous couverture et arabophone, a adopté l’identité fictive d’« Abu Ahmed », un Syrien débouté de l’asile en Allemagne. Son accoutrement – chaussures usées, manteau sale, sac à dos vieilli – et son attitude calculée visaient à le fondre parmi les migrants espérant embarquer sur un canot vers l’Angleterre. Sous deux couches de vêtements, il avait dissimulé une caméra miniature, alimentée par une batterie de trois heures, pour filmer sa rencontre avec Abdullah, l’un des hauts responsables du réseau.

Les passeurs, explique la BBC, fonctionnent selon une hiérarchie codée : les migrants sont appelés « nafar » ; les intermédiaires, souvent eux-mêmes anciens migrants ou recrues locales, sont les « rebari » ; les zones boisées où ils regroupent leurs « clients » sont nommées « jungles ». Ces camps, comme celui où se trouvait Abdullah, sont surveillés en permanence. Les entrées et sorties sont contrôlées par des guetteurs, et quiconque suscite le moindre soupçon peut être menacé, passé à tabac, voire pire.

La violence est une constante. Des armes blanches et à feu circulent dans les camps, servant autant à protéger les réseaux qu’à intimider ou punir. Des rixes éclatent régulièrement entre gangs rivaux pour le contrôle des itinéraires ou des « cargaisons humaines ». Dans ce climat, les migrants – déjà vulnérables – sont contraints de payer des sommes exorbitantes et de se soumettre aux règles imposées. Toute tentative de se tourner vers un autre passeur ou de retarder le paiement peut entraîner des représailles immédiates.

Pour préserver sa couverture, le journaliste a dû maîtriser un jeu d’équilibriste : changer fréquemment de téléphone, varier ses histoires et ses identités, mémoriser les détails de chaque version pour éviter les contradictions. Les passeurs exigent systématiquement de savoir comment un contact a obtenu leur numéro, où il se trouve, avec qui il voyage, et réclament parfois des photos ou une localisation GPS pour confirmer ses dires.

Lors de leur rencontre, Abdullah s’est montré cordial, contrastant avec l’attitude plus dure d’autres passeurs. Mais derrière cette façade, l’organisation opère avec un mélange de discipline quasi-militaire et de brutalité. Les passeurs investissent dans la peur : ils savent que la réputation de violence dissuade les migrants de les défier et que le silence est la meilleure assurance contre les fuites d’informations.

Le lendemain de cette rencontre, le journaliste a découvert en ligne qu’une fusillade mortelle avait éclaté dans la même forêt. Un rappel brutal de la dangerosité de l’environnement dans lequel il évoluait. Au fil des mois, il a pu collecter des preuves, repérer les liens entre les camps de Calais, Boulogne et Dunkerque, et documenter les techniques de manipulation et de coercition employées par le gang.

En quittant la « jungle » ce jour-là, il redevenait journaliste, ruminant les questions qui hantaient toute cette mission : la caméra avait-elle bien capté Abdullah confirmant son rôle ? Les preuves seraient-elles suffisantes pour contribuer à un démantèlement du réseau ? Était-il suivi ? Cette infiltration, explique-t-il, n’était pas seulement motivée par la curiosité, mais par la conviction qu’aucun réseau criminel n’est intouchable.

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