Selon Chris Lambie, du National Post, la Commission des libérations conditionnelles du Canada vient d’accorder de nouvelles sorties temporaires sans escorte à Victoria Henneberry, reconnue coupable du meurtre de deuxième degré de Loretta Saunders, une étudiante inuite enceinte assassinée à Halifax en 2014.
La décision permet à Henneberry de quitter temporairement l’établissement carcéral afin de poursuivre son processus de réinsertion graduelle dans la collectivité. Les autorités correctionnelles estiment aujourd’hui qu’elle présente un risque faible à modéré de récidive violente et que ces sorties permettront d’évaluer son comportement dans un environnement moins encadré.
Douze ans après les faits, l’affaire demeure pourtant l’une des plus troublantes de l’histoire criminelle récente du Canada atlantique.
Saunders, alors âgée de 26 ans et enceinte, avait été tuée par Henneberry et son conjoint Blake Leggette après s’être présentée à leur appartement pour réclamer un loyer impayé. Son corps avait ensuite été placé dans un sac de hockey avant d’être abandonné au bord d’une route au Nouveau-Brunswick.
Le détail qui continue d’attirer l’attention dans plusieurs reportages est la manière dont les médias identifient encore aujourd’hui Henneberry comme la « Wiccan woman » — la femme wiccane.
Le terme fait référence à la religion Wicca, un mouvement né au XXe siècle qui s’inspire de diverses traditions païennes, ésotériques et occultes. La Commission des libérations conditionnelles elle-même a déjà indiqué que Henneberry pratiquait cette religion.
Le fait que cette caractéristique soit demeurée associée au dossier pendant plus d’une décennie témoigne d’un malaise plus large entourant certaines formes de spiritualité alternative qui gagnent en popularité dans les sociétés occidentales.
Depuis plusieurs années, on observe en effet une résurgence de diverses formes de spiritualité ésotérique, d’astrologie, de sorcellerie moderne, de tarot, de néopaganisme et d’autres croyances occultes, particulièrement dans certains milieux militants et féministes occidentaux. Les librairies regorgent désormais d’ouvrages consacrés aux « sorcières », aux rituels, aux énergies et aux pratiques spirituelles alternatives présentées comme des formes d’émancipation ou de résistance culturelle.
Cette tendance mérite d’être observée avec prudence.
Une société qui abandonne progressivement les grandes traditions religieuses ne devient pas nécessairement moins religieuse. Elle tend souvent à remplacer d’anciennes croyances par de nouvelles. L’être humain demeure un animal spirituel qui cherche des réponses, un sens et une forme de transcendance.
Le problème survient lorsque cette quête s’accompagne d’une rupture avec la réalité, d’une fascination excessive pour les théories ésotériques ou d’une vulnérabilité psychologique déjà présente.
Dans le cas de Henneberry, la décision de la commission mentionne d’ailleurs des diagnostics de trouble de personnalité limite et de trouble de personnalité narcissique. Les experts évoquent également des problèmes de stabilité émotionnelle qui avaient déjà entraîné l’interruption d’une précédente sortie temporaire.
Ces éléments ne permettent évidemment pas d’établir un lien de causalité entre ses croyances religieuses et le crime commis. Ils rappellent toutefois que les institutions ne devraient pas hésiter à examiner l’ensemble du profil psychologique et comportemental d’un individu lorsqu’elles évaluent les risques liés à une remise en liberté graduelle.
Douze ans après le meurtre de Loretta Saunders, la priorité devrait demeurer la même : protéger le public et ne jamais perdre de vue la gravité exceptionnelle des gestes qui ont conduit à l’incarcération de Victoria Henneberry.



