La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a mené une importante perquisition jeudi matin dans une résidence de Montréal-Nord soupçonnée de servir de point de transit à un réseau de trafic humain opérant entre le Canada et les États-Unis. Deux personnes ont été arrêtées, soit un présumé passeur et un migrant, dans le cadre d’une enquête qui met en lumière l’organisation croissante des réseaux de passage clandestin à la frontière canado-américaine.
Selon Jean-François Thériault, de Radio-Canada, les policiers de l’Équipe intégrée de la police des frontières Champlain ont ciblé une résidence de l’avenue Belleville qui aurait servi de « stash house », c’est-à-dire une cache utilisée pour héberger temporairement des migrants. La porte-parole de la GRC, Marie-Pierre Guertin, a expliqué que la résidence accueillait autant des migrants venant d’entrer au Canada que d’autres qui attendaient d’être conduits clandestinement vers les États-Unis.
Le présumé passeur a été arrêté puis remis en liberté sous promesse de comparaître. Il pourrait éventuellement faire face à des accusations criminelles. Le migrant arrêté a quant à lui été remis à l’Agence des services frontaliers du Canada.
Selon Jack Wilson, du Montreal Gazette, les enquêteurs soupçonnent que le réseau faisait la promotion de ses services par l’entremise d’applications comme Snapchat et WhatsApp, illustrant le recours croissant aux plateformes numériques pour coordonner les traversées illégales.
Toujours selon le Montreal Gazette, des résidents du secteur avaient remarqué depuis plusieurs mois un va-et-vient inhabituel d’inconnus dans cette résidence pourtant située dans un quartier généralement tranquille, un élément qui aurait attiré l’attention des enquêteurs.
Un lien avec l’attaque contre un policier de la GRC
La perquisition serait directement liée à une intervention survenue le 2 juin dernier à Noyan, en Montérégie.
Comme le rapportent les médias, la GRC estime que le réseau visé jeudi est relié à l’affaire impliquant Chetan Kumar, un homme de 25 ans accusé d’avoir délibérément percuté un véhicule de la GRC avec sa voiture avant de prendre la fuite lors d’une intervention visant un groupe de migrants.
L’homme fait notamment face à des accusations de voies de fait contre un agent de la paix, de conduite dangereuse et de délit de fuite. Un policier avait alors subi des blessures mineures au pied.
Des réseaux de plus en plus structurés
Selon Amy Luft et Joe Lofaro, de CTV News, la GRC affirme que les réseaux de trafic humain se sont considérablement professionnalisés depuis la fermeture du chemin Roxham et l’élargissement de l’Entente sur les tiers pays sûrs en 2023.
Les passeurs coordonneraient désormais les déplacements des migrants à l’aide d’applications de messagerie comme Snapchat et WhatsApp, tout en utilisant des résidences discrètes pour héberger temporairement les personnes avant leur prochaine traversée de la frontière.
La porte-parole Marie-Pierre Guertin a toutefois indiqué à Radio-Canada que, malgré une légère hausse observée depuis le printemps, les passages irréguliers à la frontière ne connaissent pas de flambée spectaculaire.
Une pression persistante à la frontière
Cette opération survient alors que Karim Benessaieh, de La Presse, rapportait cette semaine que les autorités américaines observent une augmentation notable des traversées clandestines en provenance du Québec vers le Vermont. Selon ces informations, des migrants provenant de plusieurs régions du monde convergeraient vers le sud du Québec avant de tenter d’entrer illégalement aux États-Unis.
La GRC rappelle que ces traversées demeurent particulièrement dangereuses, notamment en période de canicule, tant pour les migrants que pour les policiers appelés à effectuer des recherches en terrain difficile. Les autorités invitent les personnes souhaitant immigrer au Canada à emprunter les voies légales plutôt que de recourir aux réseaux de passeurs, dont les activités continuent de faire l’objet d’enquêtes.



