L’amitié en déclin : les Canadiens passent de moins en moins de temps avec leurs proches

D’après un article de Chuck Chiang publié dans La Presse Canadienne sur Vancouver Is Awesome le 17 juin 2025

Un récent rapport de Statistique Canada, relayé le 17 juin 2025 par Chuck Chiang dans La Presse Canadienne, met en lumière une tendance inquiétante : les Canadiens passent de moins en moins de temps en compagnie de leurs amis, une réalité particulièrement marquée chez les adultes en âge de travailler.

Les données, qui portent sur l’année 2022, révèlent qu’à peine 19,3 % des Canadiens voyaient des amis au cours d’une journée moyenne, contre 47,9 % en 1986. Le recul le plus important a été observé chez les 25 à 64 ans, où cette probabilité est tombée de 42 % à 14 % en l’espace de 36 ans.

Statistique Canada précise aussi que même lorsque les Canadiens réussissent à voir leurs amis, le temps moyen passé ensemble est lui aussi en chute : de 5 heures par jour en 1986 à 3,8 heures en 2022. Cette diminution des liens sociaux coïncide avec une hausse des inquiétudes : 46 % des répondants en 2022 affirmaient ne pas passer suffisamment de temps avec leurs proches, comparativement à moins de 34 % en 1992.

Même les plus jeunes ne sont pas épargnés : les 15 à 24 ans, traditionnellement les plus actifs socialement, ont vu leur probabilité de passer du temps avec des amis chuter de plus de 30 points de pourcentage depuis 1986. Malgré tout, ils restent les plus sociables, avec 41 % d’entre eux interagissant en personne avec des amis au quotidien.

Le rapport note également que les Canadiens se sentent plus pressés par le temps que jamais auparavant, avec près d’un quart des répondants qui déclaraient ressentir cette pression en 2022, contre seulement 15 % dans les années 1990.

Laura Eramian, professeure associée à l’Université Dalhousie, n’est pas surprise par ces résultats, qu’elle attribue aux exigences accrues de la vie moderne. Elle mentionne que la hausse du coût de la vie pousse plusieurs Canadiens à occuper plus d’un emploi, et que les responsabilités familiales multigénérationnelles — à la fois pour les enfants et pour les aînés — ajoutent au fardeau quotidien. Dans ce contexte, les relations amicales, étant informelles et non obligatoires, sont souvent reléguées au dernier rang.

Elle explique : « L’amitié, par sa nature même, est informelle et volontaire. Lorsque les gens sont pris dans des contraintes multiples, ce sont les liens les moins obligatoires qui disparaissent les premiers. »

Luca Maria Pesando, professeur adjoint à l’Université McGill, constate des tendances similaires dans d’autres pays à revenu élevé soumis aux mêmes pressions économiques. Il évoque des facteurs tels que les heures de travail prolongées, la culture du rendement permanent, ainsi que l’hyperconnectivité numérique, qui laissent peu de place aux interactions spontanées. Il souligne aussi que la pandémie de COVID-19, en imposant la distanciation sociale, a intensifié ce phénomène.

Pesando précise : « Le télétravail a possiblement renforcé l’isolement, en supprimant le lieu de travail comme espace de socialisation. »

Laura Eramian ajoute que si certains outils numériques facilitent les échanges sociaux, ils ne remplacent pas les rencontres en personne. Elle insiste pour que le débat dépasse les simples appels à réorganiser les priorités individuelles : « Il faut considérer les pressions structurelles plus larges. Est-ce que les vies professionnelles sont prévisibles ? Existe-t-il suffisamment d’espaces publics gratuits et accessibles pour permettre aux gens de se rencontrer ? La plupart des lieux extérieurs à la maison exigent des dépenses, ce qui pose un obstacle, surtout pour ceux qui vivent des difficultés économiques. »

Quant à l’avenir, Pesando se montre prudemment optimiste. Il estime que les chiffres de 2022 reflètent un moment particulièrement sombre post-pandémique et que la situation pourrait se stabiliser. Il suggère néanmoins que des réformes du monde du travail sont essentielles pour inverser la tendance.

Il conclut : « Les employeurs canadiens reconnaissent de plus en plus l’importance de politiques favorisant une vie en dehors du travail. Des vacances suffisantes, des congés personnels et familiaux payés sont essentiels pour prévenir l’épuisement et favoriser les connexions sociales. »

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