Charlie Buckley et Luca Caruso-Moro rapportent dans un article publié le 27 août 2025 que le commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Philippe Dufresne, vient de reconnaître un droit limité pour les Canadiens de faire retirer certaines informations personnelles des résultats de moteurs de recherche.
Selon Buckley et Caruso-Moro, cette décision s’appuie sur une plainte déposée en 2017 contre Google par un homme dont les accusations criminelles avaient été abandonnées rapidement. Malgré cela, les articles médiatiques relatifs à l’affaire continuaient d’apparaître lorsqu’on recherchait son nom, ce qui aurait entraîné pour lui des agressions physiques, la perte d’emplois et une forte stigmatisation sociale.
Le commissaire a jugé que, conformément à la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE, ou PIPEDA en anglais), Google devait retirer ces articles des résultats liés au nom de l’individu. Les articles originaux restent toutefois accessibles sur les sites qui les hébergent et peuvent encore apparaître sous d’autres recherches ne mentionnant pas le nom.
Dufresne a insisté sur la nécessité d’un équilibre entre le droit à la vie privée et la liberté d’expression. Dans cette affaire, plusieurs facteurs ont pesé : la personne concernée était mineure au moment des faits, elle n’était pas une personnalité publique, l’information n’était pas liée à un débat d’intérêt général, beaucoup de temps s’était écoulé et les données n’étaient plus exactes ni à jour.
Buckley et Caruso-Moro précisent que Google a refusé d’appliquer la recommandation du commissaire, contestant même sa compétence en affirmant que son moteur de recherche n’était pas assujetti à la LPRPDE. Or, les tribunaux fédéraux ont confirmé à plusieurs reprises que Google est bel et bien soumis à cette loi. Le bureau du commissaire envisage désormais « toutes les options disponibles » pour obtenir la conformité de l’entreprise.
Les auteurs rappellent que ce droit, surnommé parfois « droit à l’oubli », existe déjà ailleurs. En Europe, la Cour de justice de l’Union européenne l’a établi dès 2014, et il a ensuite été intégré au Règlement général sur la protection des données (RGPD). Des pays comme la Russie, la Turquie ou la Serbie ont aussi adopté des protections semblables.
En somme, cette décision canadienne rapproche le pays des normes internationales en matière de vie privée, tout en posant la question centrale : internet est-il vraiment éternel, ou existe-t-il un droit à effacer les traces numériques jugées injustes ou préjudiciables ?



