Le cas Singh relance le débat sur les consultants en immigration et les récits « standardisés »

D’après un article de Chris Lambie publié dans le National Post le 17 juillet 2025

Un jeune demandeur d’asile indien, dont le récit de persécution avait été rejeté pour sa ressemblance avec près de 200 autres dossiers préparés par le même consultant en immigration, aura finalement une seconde chance de faire valoir sa cause au Canada.

Parwinder Singh, originaire du village de Basant Pura dans l’État indien de Haryana, avait initialement vu sa demande rejetée par la Division d’appel des réfugiés (RAD). Celle-ci jugeait son histoire « étonnamment similaire » à celle de cinq autres personnes ayant voyagé avec lui, ainsi qu’à des dizaines d’autres dossiers rédigés par Deepak Pawar, un consultant en immigration controversé.

Mais comme le rapporte Chris Lambie, le juge fédéral Guy Régimbald a invalidé cette décision, estimant qu’elle reposait sur une évaluation erronée du récit de Singh. « Les récits de demandeurs d’asile ne sont pas des exercices de style littéraire », a écrit Régimbald. « Le manque d’originalité dans le phrasé ne constitue pas en soi une preuve de fraude. » Il a donc ordonné le renvoi du dossier devant un autre décideur de la RAD pour un nouvel examen.

L’histoire racontée par Singh commence en juin 2019. À l’époque âgé de seize ans, il affirme avoir été témoin du meurtre d’un de ses amis lors d’une rixe impliquant un groupe armé de couteaux. Parmi les agresseurs : le neveu d’un politicien influent. Singh raconte ensuite avoir été arrêté, interrogé, battu et menacé par la police, avant d’être libéré en échange d’un pot-de-vin versé par son père. Craignant pour sa sécurité, il aurait fui vers New Delhi en juillet 2019, avant d’entrer au Canada quelques mois plus tard sous le prétexte d’un tournoi de Tae Kwon Do.

Comme le souligne Lambie, le ministre de l’Immigration Lena Diab est intervenu en 2023 pour contester la crédibilité de Singh, en s’appuyant sur une analyse de l’Agence des services frontaliers du Canada. Cette dernière avait trouvé une correspondance « frappante » entre son récit et ceux d’autres demandeurs représentés par Pawar, contenant même des passages identiques à ceux d’un homme nommé NS, arrivé au Canada sur le même vol.

Devant cette pression, Singh a modifié son récit en février 2023, ajoutant qu’il craignait également des persécutions en raison de son soutien au mouvement séparatiste sikh Khalistan, qu’il dit avoir rejoint après son arrivée au Canada.

La Division de la protection des réfugiés (DPR) avait initialement accepté cette nouvelle version, malgré « des doutes sur la motivation de sa venue au Canada et les événements survenus en Inde ». Mais cette décision a été annulée en appel. La RAD, cette fois, a estimé que le motif Khalistan n’était qu’un stratagème supplémentaire dans une tentative de fraude.

Toutefois, comme le précise Chris Lambie, le juge Régimbald a jugé que la RAD avait failli à son devoir d’analyse rigoureuse : aucune preuve ne démontre que Pawar utilise des modèles préécrits ou des gabarits pour ses clients. Il souligne aussi que les similitudes dans les témoignages n’impliquent pas systématiquement de la malhonnêteté, surtout si les demandeurs partagent des circonstances semblables ou un même rédacteur.

Pour le juge, les conclusions de la RAD souffraient de failles logiques manifestes, ce qui rendait la décision « déraisonnable ». Singh a donc gagné le droit de faire réévaluer son dossier — une décision qui pourrait avoir des conséquences pour de nombreux autres demandeurs représentés par Pawar.

L’affaire souligne un dilemme crucial dans le système canadien de protection des réfugiés : comment évaluer l’authenticité des récits lorsque plusieurs demandeurs s’expriment dans des termes similaires, sans pour autant les condamner à l’avance comme imposteurs. Elle met aussi en lumière l’influence controversée que peuvent avoir certains consultants en immigration dans la fabrication des dossiers.

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