Le SCRS expose une nouvelle menace : l’extrémisme chez les mineurs

Le nouveau directeur du SCRS, Dan Rogers, a livré un avertissement particulièrement sombre lors de sa première allocution publique, un discours rapporté par CBC dans un texte de Catharine Tunney. Selon les données qu’il a présentées, près d’une enquête antiterroriste sur dix au Canada implique désormais au moins un mineur, un phénomène qualifié de « profondément inquiétant ». Rogers, qui s’adressait à un auditoire réuni au Centre national des Arts à Ottawa, a souligné que l’extrémisme violent demeure l’une des menaces les plus sérieuses pour la sécurité nationale, qu’il soit religieux, idéologique ou politique.

Plusieurs arrestations récentes illustrent cette montée fulgurante de la radicalisation juvénile. Le SCRS et la GRC ont ainsi appréhendé un adolescent à Montréal lié à Daesh, un jeune d’Edmonton associé au réseau extrémiste en ligne 764, ainsi que deux mineurs à Ottawa accusés d’avoir planifié une attaque meurtrière contre la communauté juive. Rogers souligne que les jeunes s’exposent massivement à des contenus radicaux qu’ils amplifient eux-mêmes, souvent dans l’anonymat quasi-total des plateformes numériques où s’exacerbent xénophobie, misogynie, nihilisme, antisémitisme ou interprétations extrêmes de la religion. Si seule une minorité passe à l’acte, lorsque cela se produit, dit-il, les conséquences sont « dévastatrices ».

Depuis 2014, le Canada a subi 20 attaques extrémistes ayant causé 29 morts et plus de 60 blessés, selon le directeur du SCRS. Rogers insiste cependant sur le travail colossal accompli par l’agence et les forces de l’ordre pour en empêcher davantage, même si la radicalisation en ligne évolue à un rythme qui dépasse les capacités traditionnelles d’enquête. La polarisation grandissante, l’érosion de la cohésion sociale et les crises internationales créent un terrain fertile pour des passages à l’extrémisme accélérés, entièrement numériques. Pour endiguer cette tendance, il plaide pour un soutien accru aux jeunes avant qu’ils ne basculent.

Le discours aborde également les menaces de l’ingérence étrangère. Rogers affirme que la Chine et la Russie ciblent intensément le Canada, notamment dans l’Arctique. Pékin chercherait à y obtenir un ancrage économique, tandis que Moscou adopterait une posture « agressive et imprévisible ». Il ajoute que les services chinois multiplient les tentatives de recrutement auprès de Canadiens ayant accès à des renseignements sensibles, souvent par le biais des réseaux sociaux et de plateformes professionnelles.

Un autre enjeu majeur évoqué est celui du stockage des données des Canadiens, de plus en plus hébergées à l’extérieur du pays. Rogers prévient que cette situation ouvre de nouvelles avenues pour des États hostiles cherchant à exploiter ou manipuler l’information. Il souligne que le gouvernement devra probablement envisager de nouvelles politiques pour protéger ces données, même si une telle démarche dépasse le mandat du SCRS.

Malgré le ton alarmant de ses constats, Rogers affirme vouloir rassurer la population : le SCRS continue de s’adapter et de travailler avec « une détermination implacable » face à des menaces en mutation constante. Son objectif, dit-il, n’est pas d’effrayer, mais de rappeler que la vigilance, la transparence et l’adaptation rapide seront essentielles pour protéger le pays dans les années à venir.

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