• partager
Share on facebook
Share on twitter
Share on email

Les pensionnats | Le drame autochtone, première partie

Share on facebook
Share on twitter
Share on email
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on reddit
Share on email

Il y a un drame autochtone. Mais c’est un drame sans coupables.

Dans cet article en deux parties, j’amène la proposition suivante : ce ne sont pas les pensionnats qui sont à la source du désespoir autochtone, c’est la défaite et la décomposition de leur civilisation.

Il va sans dire que ce qui s’est passé dans les pensionnats autochtones mérite une enquête complète. Mais rappelons-nous que cette enquête n’est même pas commencée.

Une des ambitions de la cancel culture et de la gauche radicale est de réécrire le récit national canadien.

N’importe qui de sensé ne peut bien sûr reprocher à notre génération d’avoir provoqué ce malheur. La pression est actuellement sur les générations précédentes, qui ne sont plus là pour se défendre.

Essayons de comprendre ce qui s’est passé dans un esprit de justice et de compassion vis-à-vis du destin autochtone, en mettant en lumière les origines de ce problème.

Je me sens obligé de dire, en cette époque de suspicion généralisée pour qui ne victimise pas les minorités, que je suis bien disposé envers tout le monde. Tous les êtres humains ont droit au bonheur et à réaliser librement leur expérience de la vie, dans le respect des valeurs et des croyances des autres.

Mon expérience personnelle des Autochtones s’est résumée à l’âge adulte à peu de choses. J’ai vu des itinérants à Montréal qui avaient l’air mal en point. À l’UQAM, où j’ai travaillé longtemps, ils se confondaient dans la masse et réussissaient plus ou moins comme tout le monde. Il y a 2000 étudiants autochtones dans les universités québécoises. C’est encore trop peu.

Pendant ce temps, les médias ont trouvé un bon filon avec les pensionnats autochtones. Black Lives Matter commençait à s’épuiser; on peut maintenant afficher une saveur locale. À les écouter parler des pensionnats, on se croirait dans des camps nazis. Il y aurait eu un génocide. On condamne un régime d’apartheid et de racisme systémique au Canada. Les écoles de la mort en sont des illustrations; ce sont des scènes de crime, des lieux de tortures et de meurtres (je répète ce que j’ai lu dans les grands médias).

On est dans une spirale de la surenchère. La gauche se rejoue la lutte contre le fascisme, un retour à une époque où elle a connu une ultime remontée. Le choeur médiatique chante cette partition sans aucune retenue. Et ne se gêne pas pour taper sur l’Église catholique, déjà à terre.

Tous les partis fédéraux et provinciaux qui font jouer leur aile gauche enfoncent le clou  et, au Québec, des partis font leur beurre avec cela en tablant sur le fait que c’est le gouvernement fédéral qui est responsable de plusieurs des politiques discutées. Le chef conservateur O’Toole a eu une position plus nuancée et s’est finalement rétracté, devant la levée de boucliers. Trudeau marche sur un fil et demande au Pape de s’excuser.

Pour éclaircir cette folie de mots et de postures, voyons d’abord le problème des pensionnats.

La mortalité dans les pensionnats

Ce qui est fascinant dans l’air du temps, c’est le parti-pris victimaire. Une tombe = une victime. En fait, on n’en sait rien. On ne connaît pas les causes de la mortalité de ces enfants. Tout ce qui est avéré, c’est que c’étaient des lieux d’assimilation. Nous y reviendrons plus loin.

Pour la mortalité, fondons-nous d’abord sur les chiffres qui nous sont donnés : il y aurait eu 150 000 jeunes Autochtones dans les pensionnats depuis la fin du XIXe siècle; à l’apogée du système en 1930, ils étaient éduqués dans 80 pensionnats[1]. Il est rapporté que 3200 de ces enfants y seraient décédés pour différentes raisons. Comme le décompte n’est pas terminé, car des fouilles plus systématiques vont être entreprises, portons ce chiffre à 15 000, ce qui est une estimation très forte qui ne sera sans doute pas atteinte. Dans cette hypothèse, la mortalité infantile s’établirait donc à 10 %, une évaluation sans doute aussi bien au-dessus de la réalité.

Le problème, c’est que c’est bien en dessous de la mortalité infantile dans la majorité des époques concernées. La mortalité des enfants (0-14 ans) au Québec s’établissait à la fin du XIXe siècle à 26 %. Au tout début du XXe siècle, seulement 75 % des garçons et 77 % des filles au Québec survivaient à leur 10e anniversaire, alors qu’aujourd’hui plus de 99 % des enfants atteignent cet âge[2]. La mortalité infantile chez les Canadiens français de Montréal atteignait 24,5 % en 1886-90, 23,7 % en 1911-1915, 14,6 % en 1926-30 et 6 % en 1946-50[3].

On peut penser que ce qui se passait dans les pensionnats autochtones n’était donc pas si différent de ce qui se passait dans le reste de la société, sans même faire une analyse fine des chiffres pour différentes décennies.

Les épidémies de grippe, d’oreillons, de rougeole, de varicelle et de tuberculose étaient courantes dans certains pensionnats. Au début du siècle, on ne connaissait pas la médecine d’aujourd’hui pour faire face à ces maladies.

À l’époque du premier ministre Macdonald et de l’établissement des pensionnats, on a aussi éliminé par vaccination la variole chez les peuples autochtones, établissant une immunité supérieure à la moyenne canadienne contre cette grande tueuse.

Est-ce que quelqu’un a songé au fait que pour sauver des vies autochtones, il était souhaitable que les enfants soient scolarisés, pour faciliter la transmission des bienfaits de l’hygiène et de la médecine dans leurs communautés, par exemple?

Oui, mais les abus sexuels?

Il était admis que les communautés religieuses étaient habituellement plus dignes de confiance sur le plan moral et pour le dévouement. Ces valeurs sont respectables, même si elles ont été trahies gravement par certains membres du clergé. Ce n’était cependant pas une politique étatique.

Encore là, il faudrait comparer avec ce qui se passe dans les orphelinats au Canada et dans le monde depuis des siècles. Il est connu que les conditions de vie dans ces milieux y sont plus risquées, car il y a peu d’incitatifs à bien faire et une absence de contrôle familial. Les abus y sont toujours plus fréquents.

Oui, mais ces enfants avaient des parents, ce n’étaient pas des orphelins!

… mais je suis enclin à penser que le statut de ces enfants était proche de celui des orphelins, car les parents avaient accepté, plus ou moins de bonne grâce, de les laisser aller. Il y avait – et il y a toujours – des problèmes comme l’alcoolisme et l’éclatement familial des tribus autochtones qui ont pu favoriser cette démission parentale, mais surtout le manque de perspective qu’offrait cette civilisation aux jeunes. En fait, les parents évaluaient que leurs enfants pourraient avoir un meilleur avenir en s’intégrant davantage à un autre monde. C’était un autre deuil à faire, très difficile. On peut penser que ces parents n’ont pas fait tout ce qu’il fallait pour les retracer par la suite. Cela faisait partie du processus de deuil.

Les pensionnats n’étaient peut-être pas l’approche idéale, mais que pouvait-on faire d’autre pour créer des passerelles permettant aux Autochtones de s’intégrer? On ne pouvait pas créer de toutes pièces des écoles et y faire vivre des instituteurs et leurs familles dans des régions isolées et très éloignées.

L’idée était de faire connaître aux Autochtones un autre mode vie et des connaissances diverses amenées par un autre milieu. Les pensionnats ont été inspirés des travaux d’Egerton Ryerson, un des fondateurs du système d’éducation publique au Canada au XIXe siècle. Il a visité des pays européens et est allé chercher ce qui était le plus avancé à l’époque.

Les pensionnats auraient pu être mieux financés. La nourriture aurait pu être de meilleure qualité. Cependant, rappelons-nous que ces enfants avaient quitté un monde où la famine frappait régulièrement depuis toujours.

Leurs parents ne pouvaient ou ne voulaient pas faire pression dans le cadre d’un système parlementaire pour avoir une meilleure part des ressources, comme cela se fait pour d’autres groupes de la société. Les leaders autochtones négociaient tant bien que mal des ressources pour les réserves indiennes.

Ce n’est pas tant des vies brisées qu’on produit les pensionnats, mais plutôt un monde de possibilités nouvelles pour au moins une partie de ces jeunes enfants. Contrairement aux faussetés qu’on lit actuellement, la pratique du sport y était souvent encouragée, celle du hockey par exemple; certains joueurs ont fait leur chemin jusqu’à la Ligne nationale. Des femmes sont devenues pilotes d’avion, des Autochtones sont devenus ingénieurs. Il faudrait aussi faire leur histoire.

Pour d’autres, les pensionnats ont produit une désorientation profonde, le contraste était trop grand avec leur milieu d’origine.

Demain, dans un dernier article, nous examinerons les origines de ce problème civilisationnel et les conséquences politiques que nous pouvons en tirer.


[1] Commission de vérité et réconciliation du Canada, Encyclopédie canadienne.

[2] Institut de la statistique du Québec – Rétrospective du 20e siècle.

[3] Annales de démographie historique 1996 – Différentiations spatiales et ethniques de la mortalité infantile 1885-1971, p. 274.

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn
Share on reddit
Reddit
Share on email
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine

  • Vous aimeriez aussi
  • Nouvelles semblables
  • Autres articles de André Valiquette

Opinion | Les chemins de la liberté

« Les chemins de la liberté », c’est le titre d’un film que j’ai vu ces derniers jours sur Apple TV. Je vous le recommande sans réserve.