Après des années d’hésitations diplomatiques, l’Union européenne a franchi un seuil symbolique majeur en décidant d’inscrire le Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran (IRGC) sur sa liste des organisations terroristes. Cette décision, prise dans un contexte de répression sanglante en Iran et de tensions régionales croissantes, marque un durcissement politique inédit de Bruxelles face au régime de Téhéran.
Une décision unanime à forte portée politique
Selon Jorge Liboreiro et Maïa de la Baume pour EuroNews, les ministres des Affaires étrangères des 27 États membres sont parvenus jeudi à l’unanimité pour désigner officiellement l’IRGC comme organisation terroriste lors d’une réunion à Bruxelles. L’adoption formelle de la mesure est attendue dans les prochains jours, mais la décision politique est désormais actée.
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a justifié ce choix en affirmant que « la répression ne peut rester sans réponse », ajoutant qu’« un régime qui tue des milliers de ses propres citoyens œuvre à sa propre chute ». La désignation entraînera notamment le gel des avoirs, l’interdiction de financement et des restrictions de déplacement visant les membres de l’IRGC, même si plusieurs d’entre eux étaient déjà visés par des sanctions européennes.
Dans un article publié par le Toronto Star, Sam McNeil et Jon Gambrell de l’Associated Press soulignent que Mme Kallas a insisté sur le caractère équivalent de ce classement avec celui de groupes comme al-Qaïda, le Hamas ou l’État islamique. « Ceux qui opèrent par la terreur doivent être traités comme des terroristes », a-t-elle déclaré.
Le basculement de plusieurs États réticents
Toujours selon EuroNews, cette unanimité n’aurait pas été possible sans un revirement de position de certains États clés. La France et l’Espagne, initialement réticentes, ont modifié leur position cette semaine, tout comme la Belgique, dont l’attitude était jusqu’ici jugée ambivalente.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a expliqué ce changement en invoquant l’absence d’impunité possible face aux crimes commis en Iran. Il a également appelé Téhéran à mettre fin aux exécutions, à libérer les prisonniers politiques et à rétablir l’accès à Internet, tout en évoquant la situation de deux ressortissants français détenus en Iran depuis plus de trois ans.
L’Italie, longtemps hésitante elle aussi, a finalement rejoint le consensus après la publication de nouvelles données faisant état de l’ampleur de la répression, selon EuroNews.
Une répression d’ampleur historique
Les deux articles s’appuient sur les chiffres fournis par la Human Rights Activists News Agency, qui recense plus de 6 100 morts depuis le début des manifestations fin décembre, dont 92 enfants, chiffre repris par EuroNews. Le Toronto Star, citant l’Associated Press, évoque un bilan encore plus précis de 6 443 morts, incluant des milliers de manifestants, des membres des forces de sécurité et des civils.
EuroNews mentionne également une estimation encore plus élevée relayée par Time Magazine, citant deux responsables iraniens du ministère de la Santé, selon lesquels jusqu’à 30 000 personnes auraient été tuées lors des affrontements.
L’IRGC, un « État dans l’État »
Fondé en 1979 après la révolution islamique, le Corps des gardiens de la révolution est une force militaire chargée de garantir la survie du régime, ayant progressivement étendu son contrôle à des pans entiers de l’économie, de la politique et de la société iraniennes. L’organisation compterait entre 125 000 et 190 000 membres, disposant de forces terrestres, navales et aériennes, sous l’autorité directe du guide suprême Ali Khamenei.
Le Toronto Star, rappelle que l’IRGC s’est imposé comme un acteur central après la guerre Iran-Irak et qu’il contrôle aujourd’hui de vastes intérêts économiques, ce qui rend ses avoirs potentiellement saisissables en Europe à la suite de cette désignation.
Conséquences diplomatiques et risques régionaux
Interrogée sur les répercussions diplomatiques, Kaja Kallas a assuré, selon EuroNews, que les risques avaient été « calculés » et que les canaux diplomatiques resteraient ouverts, la désignation ne visant pas le ministère iranien des Affaires étrangères.
De son côté, l’Iran a vivement réagi. Le Toronto Star rapporte que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a qualifié la décision de « coup de communication », avertissant que l’Europe pourrait subir une flambée des prix de l’énergie. Il a également évoqué la possibilité de représailles militaires et de perturbations dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial.
Une pression internationale accrue
Les deux médias rappellent que l’Union européenne rejoint désormais les États-Unis, le Canada et l’Australie, qui avaient déjà classé l’IRGC comme organisation terroriste. EuroNews souligne par ailleurs que cette décision intervient alors que le président américain Donald Trump accentue la pression militaire sur Téhéran, notamment par le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln et de destroyers lance-missiles dans la région.
Enfin, au-delà du classement de l’IRGC, les ministres européens ont également approuvé de nouvelles sanctions visant des dizaines de responsables et d’entités iraniennes pour violations des droits de la personne et pour leur soutien à la guerre menée par la Russie en Ukraine, rapporte EuroNews.



