Meurtre «non-responsable» de son père à coups de marteau : il obtient la permission d’aller étudier les arts martiaux en Thaïlande

Depuis plusieurs années, les décisions rendues par les tribunaux et les instances quasi judiciaires en matière de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux suscitent un malaise grandissant. Aux yeux d’une partie du public, ces décisions donnent parfois l’impression que la protection de la société est reléguée au second plan au profit d’une logique thérapeutique poussée à l’extrême, où la notion même de dangerosité devient secondaire. C’est dans ce contexte de sentences perçues comme clémentes, voire déconnectées du bon sens, que s’inscrit une affaire récemment rapportée par le National Post.

Un voyage international autorisé malgré un risque reconnu

Dans un article publié le 9 janvier 2026, le journaliste Chris Lambie du National Post rapporte qu’un homme de Toronto, reconnu non criminellement responsable (NCR) pour le meurtre brutal de son père, a obtenu l’autorisation de quitter le pays pour un voyage international — alors même que les autorités reconnaissent qu’il demeure un « risque significatif pour la sécurité du public ».

Selon le National Post, Ari Da Costa, aujourd’hui âgé de 30 ans, avait demandé à l’Ontario Review Board (ORB) la permission de voyager pendant 30 jours en Thaïlande afin d’y étudier les arts martiaux mixtes. À la suite de l’évaluation de son équipe médicale, cette demande a été réduite à 14 jours, durée jugée plus « intermédiaire » par son psychiatre. La décision officielle de l’ORB, datée du 30 décembre 2025, autorise néanmoins ce déplacement international, sous certaines conditions.

Un constat unanime… mais une autorisation tout de même accordée

L’un des éléments les plus troublants de cette affaire, tel que le souligne Chris Lambie dans le National Post, réside dans le langage même employé par l’Ontario Review Board. La décision affirme sans ambiguïté que l’ensemble des membres du tribunal reconnaissent que M. Da Costa représente toujours une menace significative pour la sécurité du public, et ce, « partout », comme l’a fait valoir l’avocat représentant le procureur général de l’Ontario.

Malgré ce constat, l’ORB rappelle également son obligation légale d’imposer des conditions qui soient « les moins contraignantes et les moins restrictives possibles », tant qu’elles sont jugées nécessaires et appropriées. C’est dans cette tension permanente entre sécurité publique et droits individuels que s’inscrit la décision d’autoriser le voyage.

L’avocat de Da Costa a d’ailleurs plaidé devant le tribunal qu’à un certain stade, il devenait nécessaire de « retirer les petites roues d’entraînement », suggérant que son client devait progressivement retrouver une autonomie normale.

Un crime d’une violence extrême

Le National Post rappelle que les faits à l’origine de cette affaire demeurent particulièrement graves. Le 18 décembre 2015, Ari Da Costa a lui-même appelé le 911 pour signaler qu’il avait frappé son père à la tête avec un marteau et qu’il croyait l’avoir tué. Les policiers l’ont trouvé couvert de sang; son père, Richard Da Costa, gisait mort au sous-sol, un marteau à proximité.

Selon la décision citée par Chris Lambie, Da Costa a admis avoir envisagé le meurtre pendant environ six mois. Il avait dissimulé l’arme dans les coussins d’un canapé et savait que frapper son père à la tête serait fatal. Il a attaqué par-derrière, alors que son père portait un téléviseur.

En mai 2019, Da Costa a été déclaré non criminellement responsable d’un meurtre au premier degré, en raison d’un trouble mental grave.

Un parcours psychiatrique complexe

Toujours selon le National Post, Da Costa souffre de schizophrénie, ainsi que de troubles liés à l’usage du cannabis et de l’alcool — ces derniers étant actuellement en rémission. Son psychiatre reconnaît que ses symptômes sont presque entièrement en rémission, tout en soulignant qu’il conserve des hallucinations auditives résiduelles et qu’il demeure un risque potentiel si sa condition venait à se détériorer.

Le tribunal note que son risque de violence découle principalement de sa maladie mentale sous-jacente, laquelle, lorsqu’elle est active ou insuffisamment traitée, a déjà conduit à une violence « très grave ». L’ORB reconnaît également que l’augmentation de l’autonomie — notamment sur le plan financier, professionnel ou résidentiel — pourrait exacerber ses symptômes et mener à des comportements violents, surtout compte tenu de son historique de recours aux substances comme mécanisme d’adaptation.

Une réintégration graduelle… jusqu’à l’étranger

En décembre 2024, Da Costa avait été placé au General Forensic Unit de l’Ontario Shores Centre for Mental Health Sciences, avec des privilèges lui permettant de résider en communauté dans un logement supervisé. Selon son psychiatre, l’année écoulée aurait été « bonne » : emploi à temps partiel, absences autorisées les fins de semaine, et aucun incident signalé.

Il gère désormais lui-même la prise de sa médication à 100 %, et son équipe de soins estime qu’il pourra éventuellement quitter son logement très supervisé pour une résidence offrant un encadrement moindre, bien qu’un passage à une vie totalement indépendante soit jugé prématuré et risqué.

Le National Post rapporte également que Da Costa a déjà utilisé des permissions pour voyager au Canada, notamment en Colombie-Britannique, sans incident ni rechute liée à la consommation de substances.

Une décision qui relance le débat

En autorisant un voyage international à un individu reconnu comme toujours dangereux, l’Ontario Review Board ravive un débat sensible : jusqu’où le système doit-il aller dans la normalisation de la vie de personnes ayant commis des crimes extrêmement violents, au nom de la réhabilitation et du principe de la mesure la moins restrictive ?

Comme le souligne implicitement l’article de Chris Lambie dans le National Post, cette affaire cristallise les inquiétudes d’une partie du public face à un système qui semble parfois accepter un niveau de risque élevé au nom d’une interprétation très expansive des droits et de la réinsertion. À l’heure où la confiance envers les institutions judiciaires est déjà fragile, ce type de décision risque d’alimenter encore davantage le sentiment que la sécurité collective passe après la clémence.

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