Dans une longue enquête publiée le 10 septembre 2025 par Ari David Blaff pour le National Post, on apprend que des étudiants juifs de l’Université Western, à London (Ontario), ont infiltré deux groupes de discussion privés tenus par des étudiants palestiniens et leurs alliés locaux. Selon Blaff, ce qu’ils y ont découvert est particulièrement inquiétant : des mèmes glorifiant Adolf Hitler, des vidéos pro-Hamas, des caricatures antisémites, mais aussi des discussions explicites sur la manière de dissimuler des armes lors de manifestations supposément pacifiques.
Le National Post, qui a pu consulter ces archives de conversations fournies par les étudiants juifs infiltrés, a accepté de préserver leur anonymat. Leurs craintes sont jugées légitimes, compte tenu de la montée des menaces visant les étudiants juifs sur les campus. Même leur avocat principal a refusé d’être identifié, redoutant des représailles.
La réaction du club palestinien
Le journal a contacté le Palestinian Cultural Club (PCC), organisation affiliée à Western University et administratrice de l’un des groupes de discussion. Par l’entremise d’Instagram, un porte-parole du club a répondu que les allégations faisaient l’objet d’un « processus indépendant rigoureux » et que le PCC « coopérait pleinement avec toutes les procédures légales ». Il a nié toute responsabilité de l’organisation dans la diffusion de propos haineux, qualifiant les accusations de « fallacieuses, malveillantes et diffamatoires ». Le club a ensuite demandé que toute communication passe par son conseiller juridique, sans toutefois transmettre les coordonnées de ce dernier malgré plusieurs demandes du Post.
Un tournant après le 7 octobre 2023
Selon l’enquête d’Ari David Blaff, le ton des discussions a radicalement changé après l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023. Là où le groupe diffusait auparavant des messages communautaires ou festifs, on retrouve désormais des appels à la mobilisation en soutien à la cause palestinienne, accompagnés d’emoji et de slogans enthousiastes. Rapidement, l’idée d’ouvrir un nouveau groupe, plus sécurisé, non lié officiellement à l’université, a émergé. Ce nouveau canal, baptisé Palestinian safe zone NOT Affiliated with Western, a lui aussi été infiltré par les étudiants juifs, qui ont sauvegardé l’intégralité des échanges.
Messages antisémites et glorification du terrorisme
Les conversations publiées par le National Post contiennent des propos particulièrement virulents. Certains étudiants y présentent le Hamas comme leur « armée », expriment leur admiration pour ses dirigeants et se réjouissent des attaques du 7 octobre. Des insultes récurrentes contre les Juifs apparaissent, mêlées à des stéréotypes financiers : « Les yahood (Juifs) possèdent tout. C’est ainsi qu’ils contrôlent tout le monde », écrit un membre.
Des propos ouvertement haineux ont aussi été relevés. Parmi les messages les plus marquants :
- « Allah will burn them » (Allah les brûlera), accompagné d’émojis moqueurs.
- Des suggestions de « renvoyer les Juifs sur Jupiter » ou « au soleil ».
- Des mèmes détournant l’Holocauste, dont une image d’Hitler avec l’inscription « #1 Victory Royale ».
Les administrateurs du groupe n’ont jamais censuré ce type de contenu. Les seules inquiétudes exprimées concernaient le risque d’être découverts et sanctionnés, non la nature des propos.
Appels implicites à la violence
Au-delà du discours antisémite, plusieurs messages abordent la question du recours aux armes. Certains étudiants demandent comment transporter un couteau « sous prétexte de couper des oranges » lors de manifestations. D’autres plaisantent à propos d’utiliser des pierres « pour corriger le cerveau » d’une étudiante juive. Un membre évoque même un « envoi de fusils et de fusils de chasse ».
Un expert en sécurité cité par Blaff, Christian Leuprecht, professeur au Collège militaire royal du Canada, juge ces discussions préoccupantes : elles pourraient justifier l’ouverture d’une enquête de renseignement sécuritaire, voire criminelle. Il estime que conseiller autrui sur la dissimulation d’armes pourrait constituer une « infraction de conseil » au sens du Code criminel.
Les démarches institutionnelles bloquées
Avant de contacter le National Post, les étudiants juifs avaient tenté d’alerter l’administration de Western. Leur avocat, Jonathan Rosenthal, avait transmis en août 2024 une plainte de 17 pages, accompagnée d’un dossier incluant messages horodatés, captures d’écran, vidéos et numéros de téléphone. Mais faute de plaignants identifiés, l’université a refusé d’ouvrir une enquête officielle.
Jane O’Brien, vice-présidente associée aux ressources humaines, puis David Foster, conseiller juridique de Western, ont répondu que le dossier ne contenait « pas assez d’informations » et que le PCC dépendait du syndicat étudiant (University Students’ Council, USC). De son côté, l’USC a indiqué avoir jugé la plainte hors de son champ de compétence, renvoyant à l’université. Résultat : aucune enquête n’a été menée, malgré la gravité des propos documentés.
Cette position est jugée inacceptable par Richard Marceau, conseiller juridique du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA). Il a déclaré au Post que le contenu des discussions était « dangereux », mêlant « menaces violentes, insultes antisémites et théories complotistes grotesques ». Le CIJA demande à Western d’enquêter sans délai.
Un révélateur du climat sur les campus
Pour Leuprecht, ces révélations offrent une « rare fenêtre sur l’état d’esprit et les méthodes des militants anti-Israël au Canada ». La question qui demeure, dit-il, est de savoir si ces étudiants agissent seuls ou s’ils sont influencés par des organisations terroristes. « C’est une histoire vraiment importante, parce que je pense que les gens sous-estiment complètement ce qui se passe sur nos campus », conclut-il.



