Pékin légalise l’assimilation forcée de ses minorités et leur répression transnationale

Selon l’Agence France-Presse, dans un article signé Nina Larson et repris par Hong Kong Free Press, des représentants tibétains et ouïghours ont pressé les États réunis à l’ONU de pousser la Chine à abroger sa nouvelle loi sur la « promotion de l’unité et du progrès ethniques », entrée en vigueur le 1er juillet 2026. Derrière le vocabulaire lisse de « cohésion » nationale, les défenseurs des droits humains y voient plutôt une nouvelle étape dans l’effacement culturel des minorités non han, notamment les Tibétains, les Ouïghours et les Mongols.

Reuters rapportait déjà en mars que cette loi, adoptée par l’Assemblée nationale populaire, vise à renforcer une identité nationale commune sous la direction du Parti communiste chinois, en accordant notamment une place prioritaire au mandarin dans l’éducation et les fonctions officielles. Pour Pékin, il s’agit de consolider l’unité nationale. Pour les critiques, il s’agit plutôt d’inscrire dans la loi une politique d’assimilation déjà bien engagée.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lui-même appelé la Chine à abroger cette loi, avertissant qu’elle risque d’aggraver les restrictions déjà imposées aux libertés de langue, d’éducation, de religion, de culture, d’expression et de réunion.

Amnistie internationale a aussi dénoncé une loi qui, selon l’organisation, ne protège pas les minorités, mais les pousse à adopter une identité nationale unique dominée par la culture han. Le problème n’est donc pas seulement administratif : il touche directement à la survie culturelle de peuples entiers.

À Genève, Thinlay Chukki, représentante du dalaï-lama et de l’Administration centrale tibétaine, a parlé à l’AFP d’un véritable « génocide culturel ». Elle a notamment dénoncé le système d’internats où des enfants tibétains seraient séparés de leur langue, de leur famille et de leur culture pour être immergés dans le mandarin et les normes de la majorité han. La vice-présidente du Congrès mondial ouïghour, Zumretay Arkin, a pour sa part averti que la loi pourrait servir à éradiquer l’identité, l’héritage et la religion ouïghours.

Le danger dépasse toutefois les frontières chinoises. Reuters rapportait le 24 juin que Pékin revendique aussi le droit de cibler, par cette loi, des individus et organisations à l’étranger accusés de nuire à « l’unité ethnique ». Le vice-ministre chinois de la Justice, Hu Weilie, a défendu cette portée extraterritoriale en affirmant qu’elle était « légitime » et conforme à la pratique internationale.

C’est ici que le Canada est directement concerné. Les communautés tibétaine, ouïghoure, hongkongaise, taïwanaise et chinoise dissidente vivant au pays ont déjà signalé des cas d’intimidation, de surveillance, de menaces et de harcèlement liés à Pékin. La Commission sur l’ingérence étrangère a notamment entendu que des Ouïghours canadiens avaient fait état de menaces contre leur famille, d’appels intimidants, de surveillance et de piratage de leurs appareils.

Un rapport du Montreal Institute for Global Security publié en 2026 qualifie la répression transnationale de menace sérieuse pour la sécurité et la démocratie au Canada, évoquant des tactiques comme l’intimidation, la surveillance, le harcèlement numérique et la coercition exercée contre des proches à l’étranger.

Même Sécurité publique Canada reconnaît que l’ingérence étrangère peut viser les institutions démocratiques, les communautés, l’économie, la souveraineté et les infrastructures critiques du pays, et inclure l’intimidation de diasporas, des cyberincidents et des campagnes de désinformation.

Cette nouvelle loi chinoise ne doit donc pas être lue comme une simple affaire intérieure chinoise. Elle s’inscrit dans une logique beaucoup plus vaste : faire taire les minorités à l’intérieur du pays, puis intimider celles qui tentent de témoigner à l’étranger. Pour les Tibétains et les Ouïghours du Canada, cela pourrait signifier davantage de pressions, davantage d’autocensure et davantage de peur pour les familles restées sous contrôle chinois.

Le Canada a déjà condamné, en 2024, les sanctions chinoises contre des organisations canadiennes défendant les droits des Ouïghours et des Tibétains, dont le Uyghur Rights Advocacy Project et le Canada Tibet Committee. Ottawa avait alors affirmé ne pas tolérer les menaces ou le harcèlement visant des personnes au Canada en raison de leurs opinions politiques.

La question est maintenant de savoir si ces paroles seront suivies d’effets. Car avec cette nouvelle loi, Pékin ne se contente plus de réprimer ses minorités chez lui : il tente de donner une base légale à la poursuite de cette répression jusque dans les démocraties occidentales. Pour le Canada, fermer les yeux reviendrait à accepter que le Parti communiste chinois impose ses lignes rouges jusque sur notre territoire.

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