Petits véhicules, grosses économies : l’essor inattendu des Kei aux États-Unis

Dans un article publié par Oilprice.com, la journaliste Felicity Bradstock s’intéresse à un phénomène automobile inattendu : l’intérêt croissant des Américains pour les véhicules Kei japonais, à rebours de la domination des VUS géants et des camionnettes surdimensionnées aux États-Unis.

Les véhicules Kei, abréviation de kei-jidōsha, que l’on peut traduire par « véhicule léger », constituent une catégorie bien spécifique de microvéhicules développée au Japon après la Seconde Guerre mondiale. Leur format est strictement encadré : une longueur maximale de 3,4 mètres, une largeur de 1,48 mètre et une hauteur d’environ 2 mètres, avec un moteur limité à 660 cm³. Pensés pour répondre aux contraintes urbaines japonaises et à des normes sévères de consommation de carburant, ces véhicules représentent aujourd’hui près de 40 % des ventes de voitures neuves au Japon.

Plusieurs décennies après leur apparition, les Kei gagnent maintenant en popularité aux États-Unis, notamment sous la forme de petits camions utilitaires. Cette tendance demeure toutefois marginale et semée d’embûches. Les normes américaines de sécurité et d’émissions rendent généralement ces véhicules non conformes. Une exception permet cependant l’importation de véhicules âgés de plus de 25 ans, classés comme antiques ou de collection, ce qui explique que la majorité des Kei présents aux États-Unis datent du début des années 2000.

Cet engouement contraste fortement avec l’évolution du marché automobile nord-américain. Depuis des décennies, les règles d’efficacité énergétique américaines ont été plus indulgentes envers les camionnettes et les VUS que pour les voitures compactes, encourageant les constructeurs à produire des véhicules toujours plus volumineux. Résultat : la largeur moyenne des voitures augmente d’environ un centimètre tous les deux ans, accentuant la domination des véhicules de grande taille.

Dans ce contexte, les Kei apparaissent comme une solution pragmatique pour les déplacements urbains. Leur principal atout demeure leur coût : alors que le prix moyen d’un véhicule usagé aux États-Unis dépasse l’équivalent de 34 000 dollars canadiens, un véhicule Kei peut souvent être acquis pour moins de 14 000 dollars. Leur consommation est également remarquable, avec l’équivalent de 5 à 6 litres aux 100 kilomètres, ce qui les rend particulièrement attrayants à une époque de hausse généralisée des coûts de transport.

Ces microvéhicules présentent néanmoins des limites importantes. Ils ne sont généralement pas conçus pour la conduite sur autoroute, avec des accélérations très lentes et des vitesses maximales modestes. Plusieurs modèles ne disposent pas d’équipements de sécurité modernes, comme les coussins gonflables, et leur conduite à droite, héritée du marché japonais, constitue un frein supplémentaire à leur adoption. De nombreux États américains restreignent encore leur utilisation sur les grands axes routiers, même si certains commencent à légaliser leur circulation à l’échelle municipale.

Le contexte politique pourrait toutefois favoriser leur essor. En décembre, le président Donald Trump a annoncé avoir donné son feu vert à la production de « petites voitures » aux États-Unis, dans le but de rendre l’automobile plus abordable. Il a publiquement exprimé son enthousiasme pour ces véhicules compacts découverts au Japon, les décrivant comme « vraiment mignons » et promettant des modèles peu coûteux, sobres et adaptés aux environnements urbains.

Le secrétaire américain aux Transports Sean Duffy a confirmé que l’administration travaillait à assouplir certains cadres réglementaires, tout en précisant que ces véhicules resteraient probablement exclus du réseau autoroutier interétatique.

Dans la foulée de ces annonces, le groupe Stellantis a indiqué vouloir introduire aux États-Unis la Fiat Topolino, un microvéhicule électrique déjà commercialisé sur d’autres marchés. Ce modèle, fabriqué au Maroc, relève de la catégorie des quadricycles électriques plutôt que de celle des voitures traditionnelles. Sa vitesse maximale d’environ 45 km/h et son autonomie inférieure à 80 kilomètres en font un véhicule strictement urbain.

Alors que les voitures continuent de grossir et de se renchérir en Amérique du Nord, les Kei japonais et les microcars européennes pourraient contribuer à l’émergence d’un nouveau segment automobile. Sans remplacer les VUS ni les camionnettes, ces véhicules compacts offrent une alternative crédible pour les centres-villes, axée sur l’accessibilité financière, la sobriété énergétique et l’adaptation aux réalités urbaines.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine