Pétrole et gaz : la Russie face à une contraction historique de ses revenus

Selon les données présentées par le ministère des Finances russe et rapportées par The Moscow Times, l’économie pétrolière et gazière de la Russie a subi en novembre une contraction particulièrement marquée. Les journalistes indiquent que les revenus issus de ces secteurs ont chuté de 34 % sur un an, révélant un affaiblissement continu de la principale source de financement du budget fédéral. Les analyses citées dans le reportage, dont celles de l’économiste Janis Kluge du German Institute for International and Security Affairs, dressent un tableau préoccupant du contexte macroéconomique russe.

Le gouvernement russe n’a recueilli que 530,9 milliards de roubles en taxes liées au pétrole et au gaz pour le seul mois de novembre, soit une baisse très nette par rapport à l’année précédente. La taxe sur l’extraction minière a diminué de 36 %, tandis que les droits à l’exportation ont fondu de près de 40 %. Au total, les revenus énergétiques cumulés pour les onze premiers mois de l’année atteignent 8 000 milliards de roubles, un recul de 2,3 billions de roubles comparativement à la même période en 2024.

Cette tendance n’est pas apparue brusquement, mais s’est plutôt accélérée mois après mois. Alors que la baisse annuelle atteignait 14 % en mai, elle est passée à 20 % en août, puis à 22 % au début décembre. Les spécialistes interrogés dans l’article expliquent que la Russie fait face à un cocktail défavorable combinant l’effet des sanctions occidentales, l’affaiblissement des prix mondiaux du pétrole et l’appréciation du rouble qui, mécaniquement, réduit la valeur des exportations libellées en devises étrangères.

Les sanctions récentes des États-Unis, notamment la mise sur liste noire de Rosneft et Lukoil, ont fait exploser les rabais imposés au brut russe de type Urals, désormais vendu avec une décote d’environ 20 dollars le baril. Le prix moyen de cette référence pétrolière est tombé à 44,87 dollars en novembre, son niveau le plus faible depuis mars 2023. En roubles, le baril d’Urals tourne autour de 3 250 roubles, un creux observé sur deux ans et demi. Certaines données évoquées dans l’article, dont celles de Reuters, montrent même une chute à 41 dollars au début de décembre.

Cette pression accrue sur les prix amène l’économiste Yegor Susin à évoquer un risque élevé de manque à gagner pour le budget fédéral. Son évaluation suggère que l’État pourrait perdre 300 milliards de roubles supplémentaires sur les mois de novembre et décembre en raison de ces rabais toujours plus profonds. Selon lui, la contraction des revenus pétroliers et gaziers pourrait même s’intensifier dès janvier si les conditions actuelles persistent.

Le ministère des Finances avait initialement prévu de percevoir 10,94 billions de roubles de recettes énergétiques pour l’ensemble de l’année. Cette prévision a depuis été fortement révisée à la baisse, amputée de 21 % pour atteindre 8,65 billions de roubles. Par ricochet, le déficit budgétaire prévu a également été réévalué : de 1,2 billion de roubles au départ, il pourrait monter à 5,7 billions. Janis Kluge doute toutefois que même cette nouvelle estimation, déjà très élevée, soit réaliste. Avec 88 % du budget annuel dépensé dès la fin novembre et une tendance au dérapage des dépenses en fin d’année, il estime que le déficit réel pourrait dépasser d’un tiers les prévisions mises à jour et atteindre environ 3,5 % du PIB, loin des 2,6 % initialement annoncés.

L’article de The Moscow Times dresse en somme le portrait d’un État qui tente de préserver la stabilité de ses finances publiques tandis que ses revenus énergétiques, longtemps la clef de voûte du système, s’effritent sous le poids des réalités géopolitiques et économiques. La Russie demeure capable de s’adapter, mais les marges de manœuvre se resserrent et les prochains mois s’annoncent décisifs.

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