Pourquoi la Chine construit à toute vitesse pendant que l’Amérique s’enlise

Sean Illing, journaliste et animateur du balado The Gray Area, s’interroge dans Vox sur une question qui hante l’Amérique contemporaine : pourquoi les États-Unis peinent-ils tant à bâtir routes, trains, ponts ou logements, alors que la Chine, de son côté, érige à un rythme effréné des infrastructures gigantesques ?

Pour éclairer cette problématique, Illing a invité Dan Wang, auteur de Breakneck: China’s Quest to Engineer the Future. Ce dernier avance une idée frappante : l’Amérique est une société dominée par les avocats, tandis que la Chine est dirigée par des ingénieurs. Selon lui, cette différence de culture politique et professionnelle explique en grande partie la disparité de vitesse entre les deux pays lorsqu’il s’agit de construire.

Dan Wang explique que l’élite chinoise s’est longtemps composée d’ingénieurs et de techniciens, capables de considérer la société comme un problème technique à résoudre. Hu Jintao, ancien président, était ingénieur hydraulicien, et son premier ministre Wen Jiabao, géologue. À l’inverse, rappelle Sean Illing, les États-Unis se sont fondés sur une culture juridique : la Déclaration d’indépendance est rédigée comme un plaidoyer légal, et une proportion démesurée de présidents, jusqu’à Abraham Lincoln et même au sein de l’administration Biden, sortaient des grandes écoles de droit.

Pour illustrer l’efficacité chinoise, Wang évoque son voyage à vélo dans la province reculée du Guizhou en 2021. Là, il a découvert une région pauvre mais truffée d’aéroports, d’autoroutes et de lignes de train à grande vitesse — des infrastructures supérieures à celles de la Californie ou de New York. Selon lui, Pékin privilégie une forme de « monumentalisme », où la construction de ponts ou de barrages sert autant à stimuler le PIB qu’à propulser la carrière des cadres locaux.

Cependant, comme le rappelle Wang, cet « État-ingénieur » n’a pas seulement bâti routes et trains : il a aussi pratiqué une redoutable ingénierie sociale. Le système du hukou a limité la mobilité interne, tandis que la politique de l’enfant unique a provoqué des dizaines de millions d’avortements et de stérilisations forcées. « C’était une politique idiote, appliquée avec une brutalité effroyable », souligne-t-il.

Comparant la Chine à l’Inde, Dan Wang admet que la répression a contribué à l’essor économique chinois, même si, selon lui, elle n’était pas indispensable. Pour de nombreux Chinois des années 1960, la vie s’est nettement améliorée : métros, trains rapides, autoroutes gigantesques. Mais la présidence de Xi Jinping marque un ralentissement avec chômage élevé, croissance en baisse et répression accrue du secteur privé.

Sean Illing note qu’aux États-Unis, l’excès de procédures et de poursuites freine désormais la modernisation. Les avocats, autrefois facilitateurs, sont devenus dans les années 1960 des régulateurs et des contestataires, incarnant la devise « sue the bastards ». Cela a conduit à des blocages, une paralysie bureaucratique et une incapacité à construire rapidement.

Wang observe néanmoins que l’Amérique conserve une force unique : sa capacité d’autocritique et de débat permanent, qui peut ouvrir la voie à des réformes. La Chine, elle, brille par sa rapidité d’exécution mais reste prisonnière d’un autoritarisme qui « casse » des vies. Pour l’auteur, le véritable enjeu est simple : quel système parvient le mieux à servir sa population ?

Illing conclut que l’Amérique doit impérativement retrouver sa capacité à bâtir pour sa majorité, sans quoi le pluralisme qu’elle revendique pourrait se révéler insuffisant. La Chine, de son côté, continuera d’impressionner par ses infrastructures, mais au prix d’un contrôle social étouffant.

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