Quand les militantismes s’entre-dévorent : le défilé de la Fierté interrompu à Ottawa

La journaliste Ani-Rose Deschatelets rapporte pour Le Droit qu’une manifestation pro-palestinienne a forcé l’annulation du défilé de Fierté dans la Capitale dimanche après-midi, en plein cœur d’Ottawa. L’événement, prévu comme un moment rassembleur de la communauté LGBTQIA2S+, a été stoppé net devant le Parlement peu avant 15h, les organisateurs annonçant qu’ils ne pouvaient poursuivre en raison du blocage.

Un défilé écourté par un bras de fer militant

Selon les informations publiées par Le Droit, le parcours devait relier l’avenue Elgin à la rue Kent, en passant par la rue Wellington. Or, dès la mi-parcours, les militants de Queers for Palestine Ottawa (Q4P) ont interrompu le cortège en affirmant vouloir « rendre la Fierté à la communauté LGBTQIA2S+ d’Ottawa » et dénoncer la présence d’élus politiques « soutenant le génocide ». L’organisation exigeait notamment des excuses publiques du maire Mark Sutcliffe, qui avait boycotté les festivités l’an dernier après que Fierté dans la Capitale ait publié puis retiré un communiqué propalestinien.

L’épisode illustre une politisation croissante de la fête. Ce qui devait être un rendez-vous populaire et inclusif s’est transformé en un affrontement de revendications géopolitiques importées, laissant les participants et spectateurs déçus et privés de l’événement phare des célébrations.

La mémoire d’un précédent et la fracture interne

Deschatelets rappelle que l’an dernier, l’appui explicite de l’organisation Fierté dans la Capitale à la cause palestinienne avait déjà divisé la communauté et suscité le retrait de plusieurs élus, dont le maire Sutcliffe. La suppression subséquente de cette déclaration par l’organisation avait provoqué l’ire de groupes militants, qui l’ont interprétée comme une trahison.

Le blocage de dimanche apparaît donc comme l’aboutissement de cette fracture : d’un côté, une direction qui cherche à maintenir un événement festif et rassembleur ; de l’autre, des groupes militants pour qui la visibilité LGBTQIA2S+ doit se conjuguer impérativement avec des engagements politiques internationaux.

Une instrumentalisation inquiétante

Ce déraillement soulève une question de fond : à qui appartient la Fierté? Aux communautés qui y trouvent un espace de visibilité et de solidarité, ou aux groupuscules qui veulent transformer chaque tribune en caisse de résonance pour leurs causes extérieures?

La légitimité d’une marche de la Fierté repose sur son ouverture, son ancrage dans la défense des droits et libertés de tous, et sa capacité de rassembler bien au-delà des clivages partisans. Lier indissolublement la cause LGBTQIA2S+ à une lecture géopolitique radicalisée — comme l’ont fait Q4P en bloquant physiquement l’événement — revient non seulement à détourner le sens de la fête, mais aussi à fragiliser l’appui social plus large qui en fait la force.

Au final, la manifestation a privé des milliers de personnes d’un moment de célébration. Quand la politique identitaire la plus dure s’impose par la force, ce sont les citoyens ordinaires, ceux qui venaient simplement défiler dans la joie, qui en paient le prix.

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