« Queerer » la nature : quand un guide éducatif pour les sorties scolaires fait scandale

D’après un article de Tristin Hopper publié dans le National Post, la Fédération des enseignants de la Colombie-Britannique propose un virage pédagogique surprenant : « queerer » l’éducation en plein air. Autrement dit, utiliser les arbres, les nuages ou les animaux comme outils pour parler de diversité sexuelle, de fluidité de genre et d’identités LGBTQ+.

Le tout repose sur un texte de l’enseignante Jody Polukoshko, publié dans la revue Teacher, où elle explique que les cours en nature seraient trop souvent ancrés dans une vision « traditionnelle » du monde vivant. Selon elle, cette vision valoriserait excessivement l’idée que la reproduction implique nécessairement un mâle et une femelle, une conception qu’elle associe à une approche « coloniale » de la biologie.

Le guide qu’elle propose, une quarantaine de pages, invite les enseignants à revoir entièrement leur approche. Les nuages, par exemple, deviennent un symbole de « fluidité ». Les arbres, qui peuvent être droits ou tordus, servent à illustrer la diversité des identités humaines. Le lierre envahissant devient une métaphore de l’oppression vécue par les minorités sexuelles. Chaque élément de la nature peut ainsi devenir un prétexte pour parler d’inclusion ou de diversité.

Il n’y a aucune limite d’âge. Les activités sont pensées pour commencer dès la maternelle. L’objectif affiché est de « centrer les identités queer » dans toutes les matières, plutôt que de limiter les discussions à des cours de formation personnelle et sociale.

Cette démarche intervient dans un contexte où les débats sur l’enseignement de la diversité sexuelle et de genre prennent de l’ampleur à travers le pays. L’Alberta, par exemple, a récemment adopté une loi obligeant les écoles à obtenir l’accord des parents avant de permettre à un élève de moins de 16 ans d’utiliser de nouveaux pronoms ou un nouveau prénom. En Colombie-Britannique, l’approche est beaucoup plus ouverte : l’école doit soutenir l’élève, même si les parents ne sont pas informés.

Pour Polukoshko, cette résistance dans certaines provinces est justement ce qui rend urgent d’intégrer ces concepts à toutes les matières, y compris les sorties extérieures. Selon elle, l’enseignement traditionnel renforcerait inconsciemment l’idée qu’il existe des « règles naturelles » qui déterminent le genre, ce qu’elle souhaite déconstruire.

Ce guide s’inscrit dans un climat déjà chargé en Colombie-Britannique, marqué par d’autres controverses : décisions judiciaires sur les territoires autochtones, tensions politiques autour des pipelines, débats sur la laïcité. L’éducation en plein air devient ainsi un nouveau champ de bataille de la guerre culturelle.

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