Dans un texte au ton particulièrement sévère intitulé Why I’m Leaving Harvard, le professeur d’histoire James Hankins, figure respectée ayant enseigné pendant près de quarante ans à l’Harvard University, annonce son départ à la retraite en dressant un constat accablant de l’évolution culturelle et idéologique de l’institution. Sa décision, explique-t-il d’entrée de jeu, n’a rien de soudain : elle remonte à 2021, à l’issue de deux années qu’il décrit comme profondément déstabilisantes pour la vie universitaire.
Le professeur situe un tournant majeur à l’automne 2020, dans le contexte combiné des confinements liés à la pandémie de COVID-19 et des bouleversements idéologiques survenus après la mort de George Floyd. À ce moment, il affirme avoir constaté un changement radical dans les pratiques d’admission aux cycles supérieurs. Un candidat qu’il décrit comme exceptionnel, parfaitement adapté au programme et qui, selon les standards antérieurs, aurait été admis sans difficulté, aurait été écarté pour une raison informelle mais explicite : il était un homme blanc.
Dans son essai, James Hankins relate qu’un membre du comité d’admission lui aurait fait comprendre que l’admission d’un homme blanc n’était « pas envisageable cette année-là ». Il évoque ensuite un second cas, encore plus frappant à ses yeux : celui d’un étudiant qu’il qualifie littéralement de meilleur de sa cohorte, récipiendaire du prix récompensant le meilleur dossier académique de fin d’études, mais rejeté de tous les programmes de deuxième cycle auxquels il avait postulé. Là encore, un point commun revenait sans cesse : il s’agissait d’un homme blanc.
En cherchant des explications auprès de collègues dans d’autres universités, James Hankins affirme avoir découvert une pratique largement répandue et tacite au sein des comités d’admission à travers le pays. Selon ce qu’il rapporte, l’exclusion ne souffrait qu’une exception notable : les candidats nés hommes mais ayant entamé une transition de genre. Cette réalité, dit-il, l’a profondément ébranlé dans sa conception de l’équité académique.
La critique ne s’arrête pas aux admissions. Le professeur dénonce également ce qu’il appelle des « intrusions tyranniques dans la vie privée » imposées par la direction universitaire durant la pandémie. L’obligation de donner des cours masqué, la généralisation des séminaires sur Zoom et la disparition de l’enseignement en présentiel tel qu’il l’avait connu sont décrites comme incompatibles avec sa vision de l’éducation libérale et du dialogue intellectuel.
James Hankins revient aussi longuement sur ce qu’il considère comme un affaissement progressif des exigences académiques, symbolisé par l’abandon du « critère des deux livres ». Cette norme informelle exigeait autrefois que les professeurs aient publié deux ouvrages majeurs pour être considérés comme pleinement établis dans leur discipline. Selon lui, ce standard aurait été progressivement mis de côté à partir de la fin des années 1990 sous la pression de militantes féministes réclamant que la moitié des nouvelles embauches soient réservées aux femmes.
Il rappelle que, dans sa discipline, les femmes représentaient historiquement moins de 10 % des titulaires de doctorat, ce qui rendait mathématiquement impossible l’atteinte rapide d’une stricte parité sans ajustement des critères. Il affirme que toute critique de cette évolution était immédiatement disqualifiée et assimilée à du sexisme, tandis que les défenseurs de l’ancien modèle étaient accusés de ne pas savoir reconnaître la valeur du travail universitaire féminin.
Le texte décrit ensuite une transformation plus large de l’université, marquée par la promotion accélérée de jeunes professeurs idéologiquement alignés à gauche, une internationalisation croissante des effectifs étudiants et un recul progressif de l’histoire occidentale au profit de programmes de « global history ». Cette mutation est présentée comme un éloignement des fondements intellectuels qui avaient fait la réputation des universités dites « Ivy-plus ».
Aujourd’hui professeur invité à l’Université de Floride, James Hankins conclut sur une note profondément pessimiste quant à l’avenir des grandes universités traditionnelles. À ses yeux, l’âge d’or des institutions d’élite est révolu. Il estime que l’espoir réside désormais dans la création de nouvelles structures universitaires, libérées de ce qu’il décrit comme une culture de culpabilité, d’auto-détestation et de corruption idéologique ayant gagné les anciennes.



