Un article de la BBC, rédigé par Paul Kirby, rapporte que le Danemark a convoqué le plus haut représentant diplomatique américain à Copenhague, à la suite de révélations concernant de possibles opérations d’influence secrètes menées par des citoyens américains au Groenland. Selon les informations de la chaîne publique danoise DR, ces opérations auraient eu pour but d’infiltrer la société groenlandaise et de promouvoir la sécession de l’île du Royaume du Danemark pour un éventuel rattachement aux États-Unis.
Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a déclaré que « toute tentative d’interférence dans les affaires internes du Royaume [du Danemark] serait inacceptable », précisant que Mark Stroh, chargé d’affaires américain, avait été convoqué. Ce rappel à l’ordre intervient alors que les services de renseignement danois (PET) confirment que le Groenland est visé par « divers types de campagnes d’influence », souvent alimentées par la désinformation ou l’exploitation de divergences politiques existantes.
Le président américain Donald Trump a plusieurs fois affirmé vouloir annexer le Groenland, tandis que son vice-président, JD Vance, a reproché au Danemark de « sous-investir » dans le territoire. Lors d’une visite récente, la première ministre danoise Mette Frederiksen avait rappelé aux États-Unis que « l’on ne peut pas annexer un autre pays ». Malgré une large autonomie interne depuis 1979, le Groenland demeure lié à Copenhague pour la défense et les affaires étrangères. S’il existe un courant indépendantiste au sein des partis locaux, les sondages indiquent que la majorité des Groenlandais rejettent l’idée d’un rattachement aux États-Unis.
Le rapport de DR mentionne notamment le cas d’un Américain s’étant rendu à Nuuk pour établir une liste de Groenlandais favorables à une prise de contrôle américaine, dans le but éventuel de les recruter pour un mouvement sécessionniste. Une enquête antérieure du Wall Street Journal avait déjà révélé l’intérêt des agences américaines pour les opinions locales sur l’indépendance et sur l’exploitation minière.
Pour l’expert Jens Ladefoged Mortensen, de l’Université de Copenhague, cette convocation constitue un « carton jaune diplomatique », du jamais vu dans les relations dano-américaines. « Cette attitude hostile de l’administration Trump envers le Danemark est choquante », a-t-il confié à la BBC, rappelant que le pays a toujours été considéré comme l’un des alliés les plus pro-américains d’Europe.
Ce climat de tension se double d’un autre conflit économique : la Maison-Blanche a ordonné l’arrêt du chantier d’un immense parc éolien au large du Rhode Island, mené par Ørsted, géant danois de l’énergie dont l’État est actionnaire majoritaire. Le projet Revolution Wind, déjà complété à 80 %, devait alimenter 350 000 foyers. L’annonce de Donald Trump, hostile à l’énergie éolienne, a fait plonger le titre Ørsted de 16 % en bourse avant un léger redressement.
Ainsi, la querelle diplomatique autour du Groenland s’inscrit dans un contexte plus large de détérioration des relations entre Washington et Copenhague, mêlant enjeux géopolitiques arctiques, rivalités énergétiques et tensions stratégiques au sein de l’OTAN.



