Suède : la loi sur la « bonne conduite » des immigrants est désormais adoptée

Quelques mois après avoir annoncé son intention de conditionner davantage le droit de résidence au comportement des immigrants, le gouvernement suédois vient de franchir une nouvelle étape. Le Parlement de la Suède a adopté lundi une loi permettant de révoquer un permis de résidence en raison de comportements jugés incompatibles avec les obligations de la vie en société.

Selon Reuters, dont les propos ont été repris par CTV News, les autorités pourront désormais retirer le droit de séjour à des immigrants qui accumulent certaines formes de mauvaise conduite, même lorsque celles-ci ne constituent pas nécessairement des crimes au sens traditionnel du terme.

Cette réforme marque l’aboutissement d’un virage politique amorcé depuis plusieurs années dans un pays longtemps présenté comme l’un des symboles européens de l’ouverture migratoire.

Du projet à la réalité

En mars dernier, Québec Nouvelles rapportait que le gouvernement du ministre de la Migration Johan Forssell souhaitait instaurer ce qu’il appelait une obligation de « vivre honnêtement » pour conserver son droit de résidence.

Cette orientation a maintenant été traduite dans la loi.

Selon Reuters, les autorités pourront tenir compte de facteurs tels que les dettes impayées, le travail au noir, la fraude fiscale, certaines formes de criminalité ainsi que les liens avec des organisations extrémistes. La nouvelle législation s’appliquera non seulement aux nouvelles demandes de résidence, mais également à certains permis déjà accordés.

L’Agence suédoise des migrations sera chargée d’évaluer les dossiers et les personnes visées pourront porter les décisions en appel devant les tribunaux spécialisés en matière migratoire.

Lors de la présentation du projet, Johan Forssell avait résumé la philosophie de la réforme en affirmant que « quiconque ne fait pas l’effort de faire ce qui est juste ne devrait pas pouvoir compter sur le fait de rester ».

Une logique de contrat social

Le changement est significatif.

Traditionnellement, dans la plupart des pays occidentaux, l’expulsion ou la révocation d’un statut migratoire sont généralement associées à des infractions criminelles graves ou à des fraudes liées à l’immigration elle-même.

La Suède adopte désormais une approche plus large. Le principe sous-jacent est que la résidence constitue non seulement un droit, mais également un engagement envers les règles fondamentales de la société d’accueil.

Ainsi, le non-paiement répété de dettes, l’évasion fiscale ou le travail non déclaré peuvent désormais être interprétés comme des manquements suffisamment sérieux pour remettre en question le maintien du statut de résident.

Cette conception reflète une idée de plus en plus présente dans plusieurs pays européens : l’intégration ne se mesure pas seulement par l’absence de criminalité, mais également par la participation normale aux obligations civiques et économiques de la collectivité.

Les critiques de l’opposition

La réforme suscite toutefois de vives critiques.

Reuters rapporte que plusieurs partis d’opposition ainsi que des organisations de défense des droits civiques dénoncent une loi qu’ils jugent trop vague.

L’organisation Civil Rights Defenders estime notamment que la notion de « bonne conduite » crée une incertitude quant aux comportements ou aux expressions qui pourraient éventuellement être retenus contre une personne.

Selon le groupe, la loi risque d’affaiblir le principe d’égalité devant la loi en permettant aux autorités administratives de prendre des décisions importantes sans qu’une infraction criminelle ait nécessairement été commise.

Le gouvernement réplique pour sa part que les critères invoqués concernent des comportements objectifs et vérifiables, comme le non-respect des obligations fiscales, les dettes persistantes ou les liens avec des groupes extrémistes.

Le poids croissant des Démocrates de Suède

Cette réforme s’inscrit également dans une transformation plus large du paysage politique suédois.

Le gouvernement de droite arrivé au pouvoir en 2022 s’appuie sur le soutien parlementaire des Démocrates de Suède, un parti nationaliste qui a fait de la réduction de l’immigration et de la lutte contre la criminalité ses principaux chevaux de bataille.

Pendant plusieurs décennies, les partis traditionnels avaient largement isolé cette formation politique. Aujourd’hui, plusieurs de ses propositions influencent directement les politiques publiques.

Le phénomène illustre une tendance observée ailleurs en Europe : les préoccupations liées à l’intégration, à la criminalité et à la cohésion sociale occupent désormais une place centrale dans le débat public, y compris dans des pays qui étaient autrefois considérés comme les plus favorables à l’immigration.

Une évolution qui interpelle le Québec

Le cas suédois présente un intérêt particulier pour le Québec, où la Suède est fréquemment citée comme modèle de référence en matière de politiques sociales.

Or, depuis quelques années, Stockholm multiplie les réformes visant à resserrer les conditions d’accueil et de maintien sur le territoire. Réduction de certains programmes migratoires, durcissement des critères de citoyenneté, lutte renforcée contre les réseaux criminels et maintenant révocation facilitée des permis de résidence : la trajectoire suivie est difficile à ignorer.

Qu’on s’en réjouisse ou qu’on la critique, une chose apparaît de plus en plus évidente : la Suède de 2026 n’est plus la Suède que plusieurs imaginaient encore il y a une décennie.

Le pays qui incarnait aux yeux de nombreux observateurs l’ouverture migratoire sans conditions semble désormais privilégier une logique beaucoup plus exigeante, où le droit de rester est explicitement lié au respect des obligations envers la société d’accueil.

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