Selon le reportage publié par Amy Judd et Kylie Stanton dans Global News, plusieurs communautés de la Colombie-Britannique font face à une hausse soudaine et inquiétante des surdoses liées à la toxicité des drogues de rue. Les deux journalistes expliquent que les services d’urgence de la province ont connu, la semaine dernière, un épisode parmi les plus intenses depuis le début de la crise.
À Vancouver, le service d’incendie a été appelé à intervenir sur 54 surdoses en une seule journée, vendredi dernier. Quelques mois plus tôt, les équipes répondaient à une moyenne d’environ 16 appels quotidiens, ce qui donne la mesure de l’escalade. L’ampleur de la souffrance humaine à laquelle sont exposés les pompiers a poussé la direction à limiter le nombre de quarts de travail à la caserne 2, située à proximité du Downtown Eastside, afin de prévenir l’épuisement psychologique. Le porte-parole Matthew Trudeau souligne que les casernes voisines doivent désormais prêter main-forte pour répondre au flot d’appels vitaux.
La crise ne touche pas que Vancouver. Dans la région de Cowichan, Island Health parle d’une « augmentation dramatique » des intoxications, observée le 18 novembre. Des intervenants interrogés décrivent l’un des pires épisodes vécus depuis des années. À Warmland House, un refuge local, Kassidy Holt raconte que les surdoses survenaient en grappes : des personnes consommaient une substance et s’effondraient presque instantanément. Pour cette seule nuit, plus de 80 cas ont été recensés. Les équipes passaient d’une manœuvre de survie à l’autre : appels au 911, administration de Narcan, vérification des voies respiratoires et soutien de la respiration.
À Cranbrook, James Kaufman, coordonnateur du programme d’analyse de drogues pour l’organisme ANKORS, affirme que de nombreuses personnes étaient inconscientes dans leurs locaux, nécessitant une surveillance soutenue. Cette multiplication de cas soudains laisse croire à une modification préoccupante dans l’approvisionnement en drogues.
Selon la First Nations Health Authority, un puissant anesthésique vétérinaire, la médétomidine, serait en cause. Mélangé au fentanyl, il pourrait expliquer la brutalité et la rapidité des surdoses observées. Pour faire face à ce danger, Island Health a émis un avis de toxicité pour la vallée de Cowichan, prolongé d’une semaine supplémentaire, afin d’inciter les personnes consommatrices à se rendre dans les sites de prévention des overdoses.
La docteure Melissa Wan rappelle que l’imprévisibilité du marché non régulé complique tout : il est difficile de savoir ce que contiennent réellement les substances, et encore plus d’anticiper ce qui pourrait s’y retrouver par la suite. C’est cette incertitude qui rend le contexte actuel si dangereux.
La ministre de la Santé de la Colombie-Britannique, Josie Osborne, affirme que la province concentre ses efforts sur l’expansion des services de traitement et de rétablissement. Son objectif reste clair : éloigner les personnes consommatrices d’un approvisionnement de plus en plus contaminé et imprévisible.
Ce nouvel épisode, parmi les plus graves recensés depuis des années, illustre à quel point la crise des opioïdes continue de ravager la Colombie-Britannique malgré les interventions répétées des autorités médicales et communautaires.



