Le texte publié dans le National Post par Derek Finkle raconte comment l’Ontario a retiré le financement d’un site d’injection supervisée après que la situation autour de celui-ci soit devenue ingérable pour les résidents de Parkdale, dans l’ouest de Toronto. La ministre de la Santé, Sylvia Jones, avait reçu des centaines de photos montrant des consommateurs affalés au sol, des amas de seringues et des trafiquants opérant en pleine rue. Devant l’ampleur du désordre, la province a annoncé la coupure de financement, effective le 22 novembre.
La justification de la décision s’appuie sur des données préoccupantes : hausse de 53 % des introductions par effraction dans un rayon d’un mille autour du site en un an, et 36 % de plus d’agressions depuis l’ouverture du centre en 2018. Contrairement aux prédictions des militants, la fermeture de plusieurs autres sites en Ontario plus tôt en 2025 n’a pas entraîné une flambée des surdoses. Les décès suspects liés aux drogues ont plutôt diminué de 36 % en un an, et les surdoses non fatales recensées par les paramédics torontois ont également fortement reculé.
L’affaire a pris un tournant beaucoup plus grave avec le procès de Damian Hudson, accusé d’avoir tué Karolina Huebner-Makurat en 2023 au pied du site d’injection du South Riverdale Community Health Centre. Les premiers témoins — deux employés du centre — ont démoli des années de discours rassurants. Ils ont affirmé que l’achat de fentanyl à l’intérieur même du site était monnaie courante, et que le trafic extérieur était constant. Des trafiquants réguliers, dont Ahmed Ibrahim (qui a plaidé coupable à une accusation d’homicide involontaire), entraient sans problème pour boire de l’eau ou utiliser les toilettes.
Plus troublant encore, de nouveaux éléments montrent que la direction du centre aurait choisi de protéger l’image du site plutôt que d’admettre les problèmes. Lors d’un débriefing interne après la fusillade, la priorité aurait été « de contrôler le récit ». Lors de son entrevue policière après l’événement, un employé a même vu sa directrice intervenir dans la salle d’interrogatoire, ce qui l’aurait empêché de parler librement. Pourtant, le centre avait promis en 2016 une politique de tolérance zéro pour le trafic.
L’enjeu dépasse désormais la simple gestion locale. Malgré les plaintes du quartier, Santé Canada a renouvelé l’exemption légale permettant au centre d’opérer. Une demande d’accès à l’information déposée pour comprendre cette décision est restée lettre morte. Le commissaire à l’information a jugé ce refus illégal et ordonné au ministère de divulguer les documents, ce qu’il n’a toujours pas fait. Le commissaire a donc engagé des procédures judiciaires contre le ministère.
Les révélations au procès Hudson montrent un système où un centre situé à quelques mètres d’écoles et de garderies a laissé se développer un trafic violent sous couvert de réduction des méfaits, tandis que les autorités politiques et sanitaires ont fermé les yeux. Ce mélange d’opacité, de négligence et de refus de rendre des comptes soulève désormais des questions fondamentales sur la gestion des sites d’injection supervisée et sur la capacité des institutions à protéger les citoyens les plus vulnérables — ainsi que ceux qui vivent à côté.



