Selon un article de The Canadian Press publié sur CTV News le 17 juillet 2025, un ancien pilote de ligne aujourd’hui accusé d’avoir détourné un petit avion en Colombie-Britannique aurait déclaré, la veille de l’incident, être un « messager d’Allah » venu sauver l’humanité de la crise climatique. Shaheer Cassim, 39 ans, est désormais accusé de détournement d’aéronef à des fins terroristes, après avoir, selon la GRC, menacé un instructeur de vol à l’aéroport de Victoria avant de s’emparer de l’appareil et de le piloter vers Vancouver. Le NORAD aurait dû dépêcher des F-15 pour suivre la trajectoire du petit Cessna jusqu’à ce qu’il se pose sans incident.
Ce qui aurait pu n’être qu’un banal incident d’aviation a rapidement pris une tournure troublante, à la lumière des déclarations publiques et des écrits de Cassim. Sur sa page Facebook, le suspect s’autoproclame « messie envoyé pour sauver l’humanité des changements climatiques » et prophétise une extinction imminente de l’espèce humaine causée par un « emballement brutal du réchauffement planétaire ». Il mêle à ses discours apocalyptiques une teinte mystico-religieuse, affirmant notamment que l’ange Gabriel lui serait apparu pour lui transmettre un message divin.
Cassim n’est pas un inconnu dans le milieu des activistes environnementaux. En 2012, il avait organisé une traversée du Canada à vélo pour sensibiliser la population à l’urgence climatique, accompagné de son chien. Ancien employé de KD Air (compagnie aujourd’hui défunte de Vancouver Island), ses anciens patrons Diana et Lars Banke se disent profondément surpris par les accusations. Ils le décrivent comme un jeune pilote brillant, curieux, parfois excentrique, mais intelligent et bienveillant. Selon eux, rien ne laissait présager une dérive aussi spectaculaire — même si Lars Banke reconnaît que Cassim semblait obsédé par la fin du monde.
Son profil en ligne révèle un intérêt constant pour le climat, mêlé à des réflexions religieuses de plus en plus prononcées. Il se présente comme éditeur d’un blogue traitant de l’impact du réchauffement sur l’Arctique, où il publie depuis plus d’une décennie des textes techniques et alarmistes. Le dernier billet, publié samedi dernier, porte le titre évocateur : « L’extinction humaine est-elle imminente? »
Si cette affaire est encore devant les tribunaux, elle soulève d’ores et déjà des questions plus larges, notamment sur la fine frontière entre militantisme passionné et dérive fanatique. La politisation croissante de la crise climatique a nourri, ces dernières années, une rhétorique de plus en plus apocalyptique dans certaines sphères idéologiques. Des figures médiatiques et universitaires, notamment en Europe et en Amérique du Nord, n’hésitent plus à évoquer la fin de l’humanité, les famines mondiales imminentes ou la disparition des civilisations à très court terme, au nom de modèles parfois contestés.
Dans ce climat, certains esprits fragiles — ou simplement excessivement perméables à ces discours catastrophistes — peuvent finir par franchir la ligne entre engagement et délire. Quand le salut de la planète devient une mission divine, quand la science est instrumentalisée au service d’un messianisme personnel, le risque d’actions extrêmes devient bien réel.
L’affaire Cassim n’est peut-être qu’un cas isolé, un mélange de fragilité mentale et de radicalisation idéologique. Mais elle pose une question importante : jusqu’où sommes-nous prêts à laisser s’installer un climat de peur et de panique généralisée, sans en mesurer les conséquences psychologiques? Et surtout, qui, parmi les gourous de la fin du monde climatique, portera une part de responsabilité morale si d’autres incidents du même genre venaient à se produire?
La justice tranchera sur la culpabilité de Shaheer Cassim. Mais la société, elle, doit sérieusement s’interroger sur l’impact de certaines rhétoriques anxiogènes, en particulier lorsqu’elles sont diffusées sous le couvert de la science ou de la vertu. Car même les meilleures intentions, lorsqu’elles se drapent de visions absolutistes et salvatrices, peuvent devenir dangereuses.



