La mort tragique d’un commis de dépanneur sur le Plateau-Mont-Royal, jeudi matin, a provoqué une onde de choc à Montréal. L’affaire soulève aujourd’hui de sérieuses interrogations sur le système de justice pénale, alors que l’homme accusé du crime possédait déjà un lourd historique de violence — incluant un homicide commis dans l’Ouest canadien.
Un meurtre qui bouleverse le quartier
Jeudi matin, un commis de dépanneur a été poignardé à mort dans l’établissement Fleur Bleue, situé près de la station de métro Laurier, sur le Plateau-Mont-Royal.
Comme le rapporte Radio-Canada, la victime, Chong Woo Kim, a été retrouvée gisant dans le commerce. Les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont rapidement établi un périmètre de sécurité et lancé une chasse à l’homme pour retrouver le suspect.
L’individu recherché aurait pris la fuite en empruntant le métro avant d’être finalement arrêté au Complexe Desjardins après une série de vérifications policières. Sur les lieux de l’arrestation, des journalistes de Radio-Canada ont notamment observé un bandage souillé et des effets personnels tachés de sang.
Vendredi matin, Xavier Gellatly, 35 ans, a comparu brièvement par visioconférence au palais de justice de Montréal. Il fait maintenant face à une accusation de meurtre au premier degré relativement à la mort de Chong Woo Kim. La suite des procédures judiciaires doit avoir lieu le 4 mai.
Selon Radio-Canada, il s’agit du cinquième homicide sur l’île de Montréal depuis le début de l’année.
Une victime décrite comme un homme tranquille et travaillant
Le meurtre a profondément choqué les résidents du quartier.
Comme le rapporte Louis-Samuel Perron dans La Presse, Chong Woo Kim travaillait régulièrement derrière le comptoir du dépanneur familial, un commerce bien connu des habitants du secteur.
Des voisins décrivent la famille Kim comme des gens discrets et travaillants. « C’est vraiment triste, ce sont des gens très travaillants, des personnes très bien », a confié au quotidien Karim Boudjema, locataire d’un immeuble appartenant à la famille.
Plusieurs résidents ont également déposé des fleurs devant le commerce, dont les fenêtres ont été recouvertes de plastique orange à la suite de la tragédie.
Selon une source policière citée par La Presse, le meurtre serait survenu après un vol suivi d’une altercation, le commis ayant possiblement tenté de s’interposer.
Un suspect au passé extrêmement violent
Ce qui rend l’affaire particulièrement troublante est le lourd passé criminel de l’accusé.
Comme le souligne Maxime Deland dans Le Journal de Québec, Xavier Gellatly était bien connu des policiers pour sa violence et ses troubles de santé mentale. Dans les banques de renseignements policiers, il était décrit comme un individu violent, agressif, dangereux et potentiellement armé.
Son dossier criminel remonte à plusieurs années.
En 2012, alors qu’il vivait en Colombie-Britannique, Gellatly a été impliqué dans une sanglante rixe au couteau dans un hôtel de Vancouver. Comme le rapporte La Presse, il a poignardé un homme lors de l’altercation et a porté un coup mortel à une femme de 28 ans, Chelsea Holden, qui tentait d’intervenir.
Il a finalement été reconnu coupable d’homicide involontaire et condamné à sept ans de pénitencier.
Toujours selon La Presse, l’affaire avait profondément marqué les proches de la victime, une mère de deux enfants.
Des avertissements ignorés
Les autorités avaient déjà exprimé des inquiétudes quant au potentiel de violence de l’homme.
Dans une décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada en 2016, citée par La Presse, les commissaires écrivaient clairement :
« Vous êtes prompts à des explosions de violence qui vous mènent à poignarder les personnes avec qui vous vous battez. […] Les policiers croient que si vous êtes relâché, vous allez tuer quelqu’un. »
Malgré ces craintes, le système judiciaire avait à l’époque estimé qu’une réhabilitation demeurait possible.
Selon Le Journal de Québec, le juge avait notamment souligné que l’âge relativement jeune de l’accusé — 21 ans lors du crime — laissait espérer une possibilité de réinsertion.
Violence persistante et incidents en détention
Les incidents violents ne se sont toutefois pas arrêtés là.
D’après Le Journal de Québec, Xavier Gellatly a attaqué un codétenu en 2013 à l’aide d’une lame de rasoir fixée à un couteau en plastique. L’année suivante, il a agressé un agent correctionnel en lui infligeant une profonde coupure.
Selon les documents judiciaires cités par La Presse, il a même envoyé une lettre à sa victime après l’agression, espérant que les points de suture laisseraient une cicatrice pour lui rappeler l’incident.
Le suspect présente également un historique de voies de fait armées, menaces, vol à main armée et agressions contre des policiers, rapporte Le Journal de Québec.
Multiples interventions policières et condamnations récentes
Après sa libération et son retour au Québec, Gellatly a continué d’attirer l’attention des autorités.
Selon Le Journal de Québec, les policiers seraient intervenus au moins 14 fois auprès de lui en raison d’un « état mental perturbé ».
Sa condamnation la plus récente remonte à 2022, lorsqu’il a écopé de huit mois de prison pour cruauté envers les animaux. Furieux lors d’une dispute conjugale, il avait cassé le cou d’un lapin et lancé un chat contre un mur.
Une tragédie qui relance le débat
Le meurtre de Chong Woo Kim relance aujourd’hui des questions déjà soulevées ailleurs au Canada : comment des individus au passé violent et au risque de récidive reconnu peuvent-ils se retrouver en liberté malgré de multiples signaux d’alarme?
Un policier montréalais cité par Le Journal de Québec résume crûment le sentiment partagé par plusieurs intervenants :
« Les gens vont dire qu’il était une bombe à retardement, mais c’est faux : il est une bombe qui a explosé plusieurs fois déjà. »
Pour la famille de la victime, cependant, ces débats arrivent trop tard.
Un homme décrit par ses voisins comme calme et travailleur a perdu la vie derrière le comptoir du commerce familial — dans un quartier où, selon plusieurs résidents, « il ne se passe jamais rien ».
Et pour beaucoup de Montréalais, la question demeure désormais inévitable : combien de tragédies faut-il encore avant que les avertissements répétés sur certains criminels violents soient pris au sérieux?



