Alors que l’hiver 2026 impose des températures parmi les plus sévères jamais enregistrées dans plusieurs régions du pays, un constat s’impose avec une clarté brutale : la fiabilité du réseau électrique canadien repose encore, et peut-être plus que jamais, sur ses sources d’énergie dites « traditionnelles ». Dans une analyse publiée le 28 janvier 2026 dans le National Post, Tristin Hopper montre comment les récents épisodes de froid extrême ont mis en évidence les limites structurelles de l’éolien et du solaire lorsque la demande atteint des sommets.
Quand le mercure chute, l’éolien décroche
Dans son article Canada would be freezing to death right now without nuclear, dams or gas, Tristin Hopper, journaliste au National Post, rapporte que l’Ontario a vécu un cas d’école durant la récente vague de froid. Le samedi où la base militaire de Trenton enregistrait une température record de −29,3 °C — la plus basse jamais mesurée à cet endroit depuis le début des relevés en 1948 — la production éolienne de la province s’est effondrée.
À l’heure de pointe, vers 18 h, la demande ontarienne atteignait 21 675 MW. Or, selon les données citées par Hopper, à peine 138 MW, soit environ 0,6 %, provenaient du parc éolien. Autrement dit, les turbines, pourtant abondamment installées au cours des deux dernières décennies, étaient pratiquement absentes au moment où le réseau en avait le plus besoin.
Le retour en force des piliers énergétiques
Face à cette chute de production, ce sont les sources pilotables qui ont permis d’éviter une défaillance du système. L’auteur rapporte que le gaz naturel assurait alors 8 923 MW (41,2 %) de la charge, le nucléaire 8 793 MW (40,5 %) et l’hydroélectricité près de 5 000 MW (23 %).
Dans une publication sur les réseaux sociaux citée par le National Post, le ministre ontarien de l’Énergie Stephen Lecce résume la situation sans détour : sans le nucléaire, l’hydroélectricité et le gaz naturel, un système reposant principalement sur des énergies intermittentes aurait tout simplement échoué. Il qualifie ces trois sources de « colonne vertébrale de la fiabilité d’une économie nordique et industrialisée ».
Un phénomène observé bien au-delà de l’Ontario
L’article souligne que ce scénario ne se limite pas à une seule province. Hopper rapporte qu’au Yukon, un autre épisode de froid exceptionnel — jusqu’à −55,7 °C en décembre à Braeburn, un record national pour ce mois depuis 1975 — s’est accompagné d’une quasi-absence de production solaire et d’une production éolienne minimale.
Durant tout le mois de décembre, les installations éoliennes du territoire n’ont produit que 0,36 GWh, soit moins de la moitié de leur production de septembre. Résultat : malgré une forte capacité hydroélectrique, le Yukon a dû recourir massivement au gaz naturel, qui a fourni 37,6 % de l’électricité totale ce mois-là, la proportion la plus élevée de l’année.
Une politique énergétique en tension avec la réalité climatique
Pour Tristin Hopper, ces épisodes mettent en lumière une contradiction centrale de la politique énergétique canadienne. Historiquement, rappelle-t-il, le Canada s’est appuyé sur l’hydroélectricité et le nucléaire, ce qui explique pourquoi son électricité figure parmi les moins carbonées au monde.
Or, ces dernières années, les décideurs ont fortement favorisé l’éolien et le solaire. L’auteur cite le Canada Energy Regulator, qui indiquait encore en novembre que près de 70 % des nouvelles capacités renouvelables prévues au pays au cours des cinq prochaines années seraient éoliennes, contre à peine 202 MW de nouveaux projets hydroélectriques.
L’avertissement venu de l’Alberta
Ironie relevée par Hopper : certaines des critiques les plus sévères envers cette orientation proviennent de l’Alberta, la province qui a le plus massivement déployé l’éolien. Malgré une part record de l’électricité albertaine provenant du vent, la première ministre Danielle Smith s’oppose frontalement aux règlements fédéraux sur l’électricité « propre ».
Selon les propos rapportés par le National Post, Smith craint que la fermeture prématurée des centrales au gaz naturel n’expose la province à des pannes récurrentes, tant lors des vagues de froid hivernales que durant les pics de chaleur estivaux.
Une leçon dictée par l’hiver
L’article de Tristin Hopper ne se présente pas comme un manifeste idéologique, mais comme un rappel empirique : sous des latitudes nordiques, la résilience du réseau dépend avant tout de sources capables de produire à la demande, indépendamment des conditions météorologiques.
À l’heure où le Canada multiplie les engagements climatiques et les annonces d’investissements verts, les épisodes de froid extrême de l’hiver 2026 soulignent une réalité difficile à contourner : sans nucléaire, sans barrages et sans gaz naturel, le pays aurait tout simplement grelotté dans le noir.



