Vague de vols organisés : un phénomène criminel inquiétant au Canada

C’est une scène qui, il y a quelques années encore, aurait semblé impensable au Canada : des groupes de voleurs qui entrent dans un commerce, remplissent leurs sacs de marchandises coûteuses sous les yeux des clients et en ressortent tranquillement, sans se presser et surtout sans craindre de réelles conséquences.

Dans un article publié le 10 septembre 2025 par Tristin Hopper dans le National Post, l’auteure souligne que cette nouvelle forme de criminalité organisée s’est répandue d’un océan à l’autre, transformant des vols à l’étalage isolés en un phénomène massif et inquiétant.

Les exemples récents abondent. À Huntsville, en Ontario, quatre individus ont quitté un Home Depot avec 8 000 $ d’outils électriques. À Regina, cinq voleurs se sont rués dans un Dollarama à l’ouverture, emportant des sacs pleins. À Edmonton, un groupe a même été filmé en train de charger un SUV Mercedes de 1 500 $ d’épicerie volée.

Mais c’est dans les succursales d’alcool que la tendance s’affiche le plus brutalement. Tristin Hopper rappelle qu’à Guelph, un couple est parti avec 1 000 $ de spiritueux, un scénario désormais « tous les quelques jours » selon la police locale. À Kitchener, six hommes ont été filmés en train de vider les rayons d’une LCBO en plein après-midi, les clients n’ayant que leurs téléphones pour témoigner de la scène.

Le problème n’est pas seulement la fréquence de ces vols, mais aussi leur banalisation. Les chiffres de Statistique Canada révèlent que le vol à l’étalage a bondi de 66 % entre 2014 et 2024, atteignant 182 000 incidents signalés en une seule année — soit environ 500 par jour. Et ce ne sont que les cas rapportés : nombre de commerçants découragés préfèrent ne plus appeler la police. « Les gens ont cessé de signaler ces crimes, sachant que la police n’a pas les ressources pour tout traiter », expliquait Jess Ketchum, cofondateur du groupe Save Our Streets, à Global News.

À cette explosion du phénomène s’ajoute un autre constat : l’absence de véritables sanctions. Tristin Hopper cite plusieurs cas frappants. Un récidiviste de Prince George n’a reçu que 30 jours d’assignation à domicile. À Brampton, Satnampal Chawla, meneur d’un vaste réseau de revente sur Amazon, a écopé de six mois de détention à domicile… assortis d’encouragements du juge pour sa nouvelle carrière d’agent immobilier. Même un individu ayant menacé de mort des employés d’un London Drugs à Vancouver n’a écopé que de 60 jours.

Cette clémence inquiète les commerçants. Le Retail Council of Canada évalue les pertes liées au vol à 9,1 milliards de dollars en 2024, un chiffre qui représente près de la moitié du budget total consacré aux forces policières au pays. « Les auteurs voient peu de conséquences pour leurs actes », résume John Graham, porte-parole du Conseil.

Face à cette impasse, certains prennent les choses en main. Des vidéos circulent montrant des agents de sécurité ou même des citoyens maîtrisant des suspects, comme dans une succursale de la LCBO à Etobicoke ou lors d’une tentative de vol dans une bijouterie de Kitchener. Mais la police met en garde : ces interventions peuvent être dangereuses, les voleurs n’hésitant pas à user de violence.

À travers ce récit, Tristin Hopper met en lumière un paradoxe canadien : une criminalité organisée de plus en plus visible, des commerçants abandonnés à leur sort et un système judiciaire qui peine à imposer le moindre effet dissuasif. Résultat : une crise de confiance qui dépasse largement les simples vols et questionne la capacité du pays à protéger ses rues et ses commerces.

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