Amir Attaran menace l’Université de l’Alberta de poursuites si elle abandonne les critères ÉDI comme prévu

Une controverse universitaire canadienne a pris une tournure ouvertement conflictuelle à la suite de la diffusion publique d’un courriel envoyé par Amir Attaran, professeur à l’University of Ottawa, au président de l’University of Alberta. Le message, relayé sur les réseaux sociaux par la commentatrice Andrea Dekeseredy, se présente comme une mise en demeure à peine voilée : si l’université albertaine persiste dans son intention d’abandonner les critères d’équité, diversité et inclusion (EDI) dans ses politiques d’embauche, elle s’exposerait, selon Attaran, à des poursuites et à des conséquences financières majeures.

Le courriel, publié intégralement, ne laisse guère de place à l’ambiguïté. Attaran affirme que l’Université de l’Alberta encourt un « risque juridique réel » en se retirant de l’EDI, en raison d’un règlement conclu en 2021 entre la Commission canadienne des droits de la personne et le gouvernement fédéral. Selon son interprétation, ce règlement — issu d’un litige antérieur — imposerait aux titulaires de Chaires de recherche du Canada de respecter des critères EDI dans leurs pratiques d’embauche, sous peine de perdre l’accès à ces fonds fédéraux.

Une menace juridique explicitement assumée

Le ton employé est frontal. Attaran explique qu’il « examinera toutes les voies possibles » pour faire retirer le financement fédéral si l’Université poursuit sur la voie annoncée. Il précise ne pas vouloir se montrer indulgent face à ce qu’il qualifie d’« excuses » et accuse l’institution de céder « au plus bas dénominateur commun ». Plus encore, il invoque une obligation morale : une université « digne de ce nom », écrit-il, devrait s’opposer à toute forme de discrimination systémique et favoriser l’inclusion de groupes historiquement marginalisés — femmes, minorités visibles, personnes autochtones ou handicapées.

Ce n’est pas seulement un avertissement personnel. Attaran indique avoir « signalé » le dossier au secrétariat du Programme des chaires de recherche du Canada (CRC), laissant entendre qu’une surveillance proactive de l’Université de l’Alberta est désormais enclenchée. Le message se conclut par une signature longue et appuyée, rappelant ses diplômes et son statut académique, comme pour renforcer le poids institutionnel de la démarche.

Le contexte immédiat : un article de CBC et le débat sur l’EDI

L’intervention d’Attaran s’inscrit explicitement « à la lumière » d’un reportage de CBC News évoquant la volonté de l’Université de l’Alberta de mettre fin à l’usage de critères EDI dans ses politiques d’embauche. Le débat, déjà vif au Canada, oppose deux visions de l’université : l’une qui considère l’EDI comme un impératif éthique et légal, l’autre qui y voit une dérive idéologique susceptible de compromettre la liberté académique et la primauté du mérite.

Dans son courriel, Attaran ne cherche pas le compromis. Il rejette explicitement l’argument du « mérite pur », qu’il juge fallacieux, et affirme que l’excellence universitaire ne peut être atteinte que par des politiques corrigeant activement les biais systémiques. L’abandon de l’EDI est ainsi présenté non comme un choix administratif, mais comme une faute morale et potentiellement illégale.

Un personnage déjà controversé au Québec

Pour le public québécois, le nom d’Amir Attaran n’est pas nouveau. Il s’était fait connaître en 2021 par des déclarations très dures à l’endroit du Québec, qu’il avait accusé — de manière générale et sans nuance — de racisme institutionnel. Ces propos avaient suscité une vive controverse, tant dans le monde politique que médiatique, plusieurs y voyant une caricature idéologique et une attaque collective visant une société entière.

Le courriel adressé à l’Université de l’Alberta s’inscrit dans une continuité de posture : un recours assumé à la dénonciation morale, à la pression institutionnelle et à la menace juridique pour imposer une lecture très normative des politiques publiques et universitaires. Là où certains voient un engagement pour les droits de la personne, d’autres dénoncent une forme de militantisme juridique cherchant à dissuader tout débat réel.

Université, droit et rapport de force

Au-delà du cas précis de l’Université de l’Alberta, l’épisode révèle un climat de plus en plus conflictuel dans le milieu universitaire canadien. La question n’est plus seulement de savoir si l’EDI est souhaitable, mais si son abandon — même partiel — peut être assimilé à une infraction juridique entraînant des sanctions financières. En brandissant la perte potentielle des Chaires de recherche du Canada, Attaran transforme un débat de gouvernance universitaire en rapport de force direct.

Le fait que ce courriel ait été rendu public accentue encore la dimension performative de la démarche. Il ne s’agit pas d’un échange discret entre collègues, mais d’un message destiné à être vu, commenté et instrumentalisé dans l’espace médiatique. À ce titre, l’intervention d’Attaran dépasse largement le cadre de l’Université de l’Alberta : elle envoie un signal à toutes les institutions qui envisageraient de revoir leurs politiques EDI.

Une controverse appelée à durer

En définitive, ce courriel cristallise plusieurs tensions contemporaines : entre autonomie universitaire et conditions de financement fédéral, entre liberté académique et impératifs idéologiques, entre débat démocratique et judiciarisation des désaccords. Qu’on y voie une défense vigoureuse des droits ou une tentative d’intimidation institutionnelle, l’intervention d’Amir Attaran confirme une chose : le débat sur l’EDI au Canada est désormais sorti des comités internes pour entrer dans l’arène publique — et juridique.

Et pour le Québec, où le professeur demeure associé à des accusations passées particulièrement abrasives, cet épisode ravive le souvenir d’un discours perçu par plusieurs comme moralisateur, polarisant et peu soucieux des réalités locales.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine